‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 64 sur 253 · LIVRE I, CHAP. XXI. I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. XXI. I

Bayard ; je l'y atteodis inutitâment tout un jour. S'il ne s'y trouva pas, repartit Astolphe, il eut sans doute de fortes raisons qui l'empêchèrent de s'y rendre; mais euGn , Seigneur, puisque vous ne deviez tous deux combattre que pour Bayard , je vous amène ce bon coursier, que je suis prêt à défendre contre vous. Le comte Gane-, Ion , lui dit le roi, t'a voulu faire passer dans mon esprit pour un bouffon; mais le courage que tu me fais remarquer dans tes discours, m'oblige à mieux penser de toi. Jlaccepte ton défi : si le sort et ma valeur me donnent la victoire sur toi , je n'en veux point d'autre prix que Bayard ; fais de ton côté tes conditions , et je jurerai de les observer.

Si j'ai l'honneur de vous vaincre, Seigneur, répondit le prince d'Angleterre, j'exige premièrement que voys reconnoitrez Renaud de Montauban pour un chevalier sans peur et sans reproche ; que vous mettrez en liberté l'empereur et ses pakdins, et que vous retournerez aussitôt dans vos états. J 'accepte ces conditions , répliqua l« roi, et je jure par mes dieux que je m'y soumettrai, si tu es mon vainqueur.

Alors ces deux princes s'éloignèrent pour prendre du champ. Gradasse empoigne sa forte lance, et se sent capable de renverser une tour. Le paladin de son côté s'affermit sur ses étriers; et s'il n'a pas tant de force que son ennemi, il en a du moins tout le courage; l'un monté sur l'Alfane , et l'autre sur Bayard , ils viennent à se rencontrer furieusement; mais à peine la lance d'or a-t-elle touché Gradasse, qu'il se sent enlever hors des. arçons, et si malheureusement pour lui, qu'il se démit le bras en tombant.

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lia ItOLAND L'AMOUREUX.

Le monarque indien, quand il se vit à terre, fut plus surpris qu'il ne l'avoît été de sa vie. La honte de se voir hors de combat d'un seul coup de lance , et de perdre sçs prétentions sur Bayard. l'afîlige plus que la douleur qu'il ressent de son bras; il se leva, et marchant vei-s Astolphe , qui venoit à lui : Brave chevalier, lui dit-il , tu m'as vaincu. Viens donc, je vais te rendre les prisonniers, et j'observerai très exactement les autres conditions de notre accord. Ces deux guerriers prirent ensuite le chemin du camp; ils marchent à coté l'un de l'autre, et le roi rend au prince anglois tout l'honneur que méritoit le grand exploit qu'il venoit de faire. Astolphe le pria de ne pas apprendre d'abord à Charlemagne quel avoit été l'événement du combat, parce qu'il vouloit se venger par quelque innocente raillerie d» mauvais traitement qu'il en avoit reçu, et le roi le lui promit.

Gradasse étant de retour dans son catnp se fil remettre le bras par le plus expert de ses chirurgiens; après quoi, sur les instances du prince d'Angleterre, il donna ordre qu'on lui amen'àt l'empereur et ses paladins. Quand ilsfiirent arrivés, Astolphe regarda Charlemagne d'un air mécontent, et lui dit : Vois, prince injuste , où ton orgueil et ton imprudence t'ont conduit. Qu'est devenu ce puissant empire qui te faisoit tant craindre et respecter? Tes peuples sont opprimés, ta religion n'a plus de défenseurs, tu es toi-même dans les fers avec tous les paladins. Hé! quel autre sOTt pouvoistu attendre de ta mauvaise conduite, puisque tu éloignes de toi tous ceux qui pourroient être l'appui de tes états? Cent fois je t'ai vu outrager les invincibles Renaud et

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