‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 67 sur 253 · CHAPITRE PREMIEK · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIEK

Des agitations de Renaud, et du grand périt qu 'il courut.

IJîf a dit de quelle manière le filsd'Aymon vint surgir avec sa barque aux bords d'une île délicieuse ; cette île n'éloit qu'un grand jardin qui aroit cinq ou six lieues de tour ; on le oomoioît Plaisance : aucuns murs ne le fermoient; les seuls bords de la mer en faisoient la clôture. Du côté que le paladin y éloit arrivé, on voiyoit s'élever au-dessus des arbres un palais superbe, et composé d'un marbre si poli, que tous les objets du jardin se peignoieot dedans.

Renaud eut bientôt mis pied à terre. A peine avoit-il fait vingt pas, qu'une dame sortit d'entre les arbres, et vint à lui. Noble chevalier, lui dit- elle d'un air gracieux , ne pensez pas que vous ayez été conduit sur ces bords sans mystère. Vous aurez trouvé l'aventure un peu triste et fâcheuse au commencement ; mais la fin n'aura pour vous que des charmes, à moins (|ue votre cœur ne soit plus insensible que celui des ligres et des lions. £n achevant ces mots elle le prit par la main, et le condubit au palais. La magnificence du dedans répondoit à celle du dehors ; ce n'étoit que riches

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ameublements, peintures exquises, statues excellentes, vases de cristal, d'or et d'agate, où les perles et les diamants étoient à profusion. Tous les appartements par où ta dame faisoit passer Renaud retentissoient de sons harmonieux. Des troupes de chanteuses et de joueuses d'instruments, toutes belles par excellence, et revêtues d'habits galants, chantoient les louanges de l'amoAr, et formoient ensemble des concerts qui charmoient le cœur et les oreilles.

D'autres filles, qui ne cédoient en rien à celles dont on vient de parler, dansoient en rond au son des instruments; elles avoient mis le guerrier au milieu d'elles; et ces charmantes personnes l'enchatnoient en dansant avec des guirlandes de fleurs, comme pour lui faire comprendre par leurs mouvements et par leurs gestes qu'il devoit s'estimer heureux de se voir l'esclave de l'amour. Elles dansoient encore , lorsqu'une autre dame vint avertir le chevalier qu'il étoit temps de prendre quelque nourriture, et elle le pria de vouloir l'accompagner jusqu'au lieu préparé pour le rquis.

Le paladin, qui ne connoîssoit point encore le but d'une si galante réception , ne refusa pas la partie. II donna la main à la dame, et se laissa ccmduire sous des cabinets de verdure entremêlés deroses et de chèvre feuilles, où, sur des tables placées autour dHine claire fontaine, il trouva tous les mets d'un festin splendide. Quatre des plus belles dames s'assirent à une table, de manière qu'elles mirent entre elles le paladin, dont la chaise étoit tout en broderie de perles et de diamants. Déjeunes garçons, vêtus comme on peint les Amours, Jes Jeux et les Ris , serment dans des plats d'or tout ce

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