LIVRE II, CHAP. II. i4i
si cruelle. Cependant, à quelque extrémité qu'il se vît réduit, il ne perdit point courage. Madame, dit-il à la vieille, je ne me plains point de l'arrêt que vous avez prononcé contre moi; j'ai seulement une grâce à vous demander : ordonnez qu'on me livre, armé comme je suis, au monstre. Comme je suis chevalier, il serolt honteux pour moi de perdre la vie sans me défendre. Je le veux bien, répondit la vieille; mais je t'avertis que tes armes ne te serviront de rien. Le monstre a la peau si dure, qu'on ne la peut entamer : ses dents brisent le fer, et tout cède à ses griffes. Tu ferois mieux de te résoudre à mourir que de songer à combattre.
Renaud ne répliqua point ; et, content d'avoir obtenu ce qu'il demandoit, il se laissa conduire au cachot où ildevoit passer la nuit. Aussitôt que le soleil naissant reparut le lendemain sur l'horizon, les satellites de la vieille vinrent prendre le chevalier pour le jeter au monstre. Le paladin n'avoit point été dépouillé de ses armes le soîr précédent; on lui délia les mains, et son épée lui fut rendue. Quand il se vit en état de combattre, il en eut tant de joie , qu'il demanda lui-même qu'on le menât au monstre. On le fit monter par une échelle au haut des murs qui renfermoient cet animal, et par le moyen d'une corde, il se glissa au dedans de l'enclos.
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i4a ROLAND L'AHOUREUX.