LIVRE II, CHA». Vlli. iSi
continua de l'agiter le reste dn jour; et la nuit efie s'ao crut dans te silence et dans l'obscurité. Au lieu de s'assoupir, ce nouvel amant devient la proie de mille pensées diverses qui l'inquiètent; et le jour naissant vient frapper ses yeux , que ]e sommeil n'a pu fermer. Il se leva plein d'agitation, et les jours suivants il ne fut pas plus tranquille. Quelque occupation qu'il se donne, il ne peut trouver aucun repos. Tantôt il cherche la solitude pour y rêver en liberté , tantôt il fréquente les compagnies, dans l'espérance d'y rencontrer l'objet dont l'image trop chérie remplit seule sou esprit Ses désirs étoient trop vifs pour ue pas songer i les satisfaire; et, pour y parvenir , il résolut de les faire connoître à la personne qui les lui avoient inspirés.
Il n'osa faire lui-même sa déclaration : il savoit bien que Thisbine tenoit encore plus à son cher Irolde par les liens du cœur que par ceux de l'hymen; mais une dame de ses amies s'offrit à le servir auprès de sa maîtresse, avec qui elle étoil^fort unie. Cette officieuse personne s'employa pour lui avec toute l'adresse pos* sible : elle parla plus d'une fois en sa faveur; et quoiqu'on lui répondît d'une manière à lui faire perdre toute espérance de réussir dans sa négociation , elle ne se rebutoit point.
O ma chère amie! dit-elle un jour à l'aimable Thisbine, pourquoi renonces-tu aux charmants plaisirs dont ta beauté peut te faire jouirPRegaide le beau Prasilde; c'est le plus accompli des humains; il t'aime plus que sa propre vie. Faut-il que tes rigueurs le réduisent au tombeau, et fassent perdre à l'univers son plus bel ornement? Jouis de ta jeunesse , insensée Thisbine ;
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iSa BOLAND L'AMOUREUX,
cette agréable saison se doit toute employer en délices,
puisque la beauté passe comme la rose en peu de jourê. Tu ne. seras pas toujours suivie des ris et des jeux; peut-être même rechercheras-tu vainement un jour ce
bien que tu refuses. Profile de mon expérience. Qui te retient? Ah! certes, si c'est la foi jurée à ton Irolde, quelle simplicité! £st-il juste que ce qui peut faire la félicité des plus braves chevaliers de la terre soit le partage d'un seul ?
La charmante épouse d'Irolde, aussi offensée que surprise de l'insolence de ce discours, n'en put souffrir la continuation. Elle en marqua son ressentiment dans des termes fort vifs, et rompit sur-le-champ avec cette fausse amie, qui lui donnoît de si pernicieux conseils. Prasilde fut inconsolable du mauvais succès de son amoureuse entreprise. Il ne lui restoit plus aucune espérance. Il avoit remarqué lui-même que Thisbine le fuyoit, et c'étoit un foible soulagement pour lui de savoir qu'elle n'ignoroit pas son amour. Il reconnut qu'il s'étoit trop livré à ses désirs, et il fit tous ses efforts pour les chasser de son cœur; mais il n'étoit plus temps : il avoit laissé prendre trop d'empire à la passion violente qui les avoit fait naître.
Dès ce moment, il abhorre tous les plaisirs, il ne quitte point U solitude. Un jour qu'il exhaloit en liberté l'ardeur de ses soupirs dans un bois qui est hors des portes de Baie, il fut tiré de sa rêverie par les cris perçants d'une femme qui sembloit demander du secours. Le sentiment qu'on a de ses propres malheurs , inspire de la compassion pour ceux d'autrui. Prasiide, qui d'ailleurs étoit généreux, se pressa d'aller où la voix
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