LIVRE II, CHAP. VUI. i
l'appeloit. Imaginez -vous quel fut son étonnement , quand il vit que c'étoit Thisbine elle-même : elle avoit les cheveux épars, et faisoit éclater dans ses yeux et dans la pâleur de son visage toutes les marques du plus vif désespoir.
Elle courut au chevalier aussitôt qu'elle l'aperçut : Ah! généreux Prasilde, lui dît-elle, si vous m'aîmez encore, voici une occasion de me le témoigner. Mon cher Irolde est sur le point de perdre la vie, si vous ne le secourez : six assassins viennent de le surprendre dans un endroit de ce bois ; ils sont aux mains; courez,cle grâce, le défendre. Madame, dit Prasilde, vous allez voir si vos volontés me sont sacrées; conduisez-moi au lieu du combat. La dame se hâta de l'y mener. Ils y trouvèrent Irolde qui se défendoit encore avec beaucoup de courage'; mais il étoil si blessé, qu'il auroit bientôt succombé sous l'effort de ses assassins. Prasilde ne balança point à secourir celui dont il avait sujet de souhaiter la perte; et , quoiqu'il n'eût point d'autres armes que son épée , il fondit sur ces scélérats avec tant de vigueur, qu'en un moment il Et mordre la poussière à deux des plus empressés. Irolde, tout aflbibli qu'il étoit de ses blés sures, en tua un de sa main. Le reste épouvanté chei^ cha son salut dans la fuite.
Après ce combat, le premier soin de Thisbine fut de visiter les plaies de son mari, qui par bonheur ne paroissoient pas dangereuses; ensuite elle et Prasilde trouvèrent moyen d'arrêter son sang avec des linges. Si cette dame fut sensible au service rendu par ce chevalier, Irolde n'en parut pas moins touché. Il avoit déjà pour Prasilde une estime infinie; et ce «pi'il venoit de
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i84 ROLAND L'AMOUREUX,
lui voir faire acheva de le lui rendre cher à l'égal de lui-même; il le renjCTcia dans les termes les plus vifs que sa reconnoissance lui put inspirer, et il lui demanda son amitié. Praailde la lui accorda d'autant plus volontiers, qu'il espéra que cette liaison pourroit lui donner moyen d'adoucir en sa faveur la cruelle Thisbine, ou du moins la disposer à souffrir ses soins sans colère.
Ils s'en retournèrent tous trois ensemble à Baie; et, chemin faisant, Irolde apprit à son libérateur la cause du péri) qu'il venoit de courir : il lui dit qu'en revenant avec son épouse d'un château qu'ils avoient à une demijournée de la ville, six scélérats apostés sans doute par ses anciens rivaux , l'avoient surpris et attaqué dans ce bois. Cette aventure, dont il faisoit le récit, ne fut pas sitôt sue dans la ville, que tout le monde, qui aimoit ces époux, s'intéressa pour eux; et les rivaux d'Irolde, qui avoient suscité des assassins pour lai ôter la vie, furent obligés de prendre la fuite pour éviter le châtiment qu'ils n'auroient pas manqué de recevoir.
Depuis ce jour si heureux pour Prasilde, ses affaires prirent une face plus riante : il sentitsoulager ses peines. Thisbine changea de manières avec lui; et, quoiqu'elle n'eût aucune envie de trahir son devoir, elle se crut obligée de ménager un homme qui, contre ses propres intérêts, lui avoit conservé son époux. Pour Irolde, il s'attacha si fortement à Prasilde, qu'il ne pouvoit plus vivre sans lui. Les belles qualités de ce chevalier avoient fait tant d'impression sur son cœat, et la' reconnoissance mettoit tant de vivacité dans ses mouvements , que Thisbine à peine lui étoit fdus chère que Praisilde. Il {Htiposa
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