‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 199 sur 328 · LIVRE IV, CHAP. IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAP. IV

Je pris donc à mon service Sàyavedra; et je nie louai autant dans la suite d'avoir renoué avec lui, que j'avois eu auparavant de regret de l'avoir connu; II me fit bien voir, lorsque nous arrivâmes à la couchée, que je n^avois pas fait une mauvaise affaire en Tattachant à moi. Il fut toujours en mouvement pour tâcher de me rendre par ses soins le gîte commode. J'adinirois son attention à pourvoir à mes besoins, et à prévenir tous mes désirs. En vérité, l'ardeur de son zèle et son bon esprit, dont il me donnoit à tout moment des preuves, me consolèrent de la perte de mes hardes. Le jour suivant , de grand matin , nous nous remîmes en marche , Fun à cheval et l'autre à pied , et nous nous rendîmes enfin a Florence , qu'on m'avôit peinte avec de si belles couleurs. Cependant, quelque éloge qu'on m'en eût fait, elle me surprit par la magnificence de ses édifices. Sàyavedra, qui m'observoit, me dit en souriant : Il me semble que IsC vue de cette ville vous frappe agréablement. J'en suis charmé, lui répondis-je; elle me pàroît admirable. Je ne croyois pas qu'il y eût dans le monde une autre Rome. Oh! vraiment, reprit-il, vous n'en voyez que les dehors et la situation, qui véritablement ont de quoi plaire aux yeux; mais c'est le dedans qu'il faut considérer. Les maisons des particuliers, qui pourroient passer pour autant de palais, sont ornées d'une infinité de beaux ouvrages d'architecture. C'est avec raison qu'on appelle Florence la huitième merveille du monde, puisque c'est la fleur des fleurs, et la. fleur dé toute l'Italie. Là-dessus Sàyavedra s'étant mis en train de parler, me conta l'histoire de Florence depuis le^ guerres civiles de Catilina jusqu'à l'état présent où elle se trouVoit.

Mon ëcuyer, qui connoissoît parfaitement cette ville pour y avoir demeuré quelque temps , me conduisit à une des plus fameuses hôtelleries^ où il lui plut de me faire passer pour un gentilhomme espagnol, nommé doa Guzman, neveu de l'ambassadeur d'Espagne .à Rome. Il fit effrontément confidence à Thôte de ma qualité. Comme nou^ étions sans bagage, et que nous n'avions même qu'un cheval, cela péchoit un peu contre la vraisemblance; mais mon valet , pour ramener la chose au vraisemblable , dit qu'ayant été obligés de partir à la hâte , nous avions chargé une personne de nous envoyer nos ballots par le messager, qui devoit arriver incessamment. Quoique l'hôtellerie fût pleine de cavaliers d'importance , il me fit avoir une des plus belles chambres : il fit accroire à l'hôte que je venois à Florence de la part de l'ambassadeur ppur une affaire de conséquence, et que probablement j'y ferois un assez long séjour; ce qui réjouit fort monsieur le maître, et fut cause qu'il eut avec moi des manières très respectueuses. Le prudent Sayavedra fut d'avis que nous achetassions le lendemain un grand coffre que nous dirions être plein de nos meilleurs effets, et que nous remplirions ensuite de ce qu'il plairoit à la fortune de nous envoyer. J'approuvai sa pensée, et je le cliargeai du soin de cette emplette.

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