‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 200 sur 328 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Guzman paroît a la cour du grande duc. Une dame devient amoureuse de lui '.

La grande<luchesse dans ce temps-là venoit d'accoucher d'un prince , ou plutôt de relever de ses couches ; et il y avoit tous les jours^ au palais quelque fête , oîi toutes les personnes de distinction de l'un et de l'autre sexes ne manquoient pas de se trouver; et chacun y étoit bien reçu. Les cavaliers qui logeoient dans ttion hôtellerie , et qui tous étoient de la meilleure noblesse du pays , n'étant venus à Florence que pour avoir part à ces divertissements, s'y montroient d'autant plus assidus, qu'ils faisoient par là leur cour à leur prince. Mon hôte me demanda le premier soir si je voulois être servi en particulier, ou manger avec ces gentilshommes. Je répondis que j'aurois l'honneur de souper avec eux; et l'heure en étant venue, j'entrai dans la salle où ils se disposoient à se mettre à table. J'y parus d'un air aisé, faisant l'homme de condition, ce que je n'entendois pas trop mal; et, après les avoir salués cavalièrement, j'allai m'asseoir au haut bout sur une chaise qui m'y fut

' Les aventures 'de Guzraan à la cour du grand-duc sont de Fin- ▼ention de M. Bremont , qui les a mises dans ce chapitre et dans le suivant, à la place de la description et de l'histoire ennuyeuse que l'auteur espagnol y fait de la ville de Florence. J'ai cru devoir, en cet endroit , préférer le copiste à l'original.

Sgo ' GUZMAN D'ALFARACHE.

présentée par Sayavedra , qui savoit merveilleusement

se prêter aux lazzis.

Ce début m'attira les regards de tous ces messieurs, qui, souhaitant d'apprendre qui j'étois, se le demandoient les uns aux autres à Toreille fort inutilement. Ils avoient une grande impatience de m'entendre parler , pour découvrir, par mon accent, de quelle nation je pouvois être. J'avois la malice de les tenir dans l'incertitude sur cela. Ils avoient beau , par de petites honnêtetés, vouloir me faire entrer en conversation avec eux, je leur répondqis moins par des paroles que par des airs de tête et des mines pleines de politesse. Néanmoins, comme je ne pouvois me dispenser dé lâcher quelques mots, je passai pour Romain dans leur esprit. Mais ayant donné en espagnol un ordre à Sayavedra , je les remis en défaut. Un de ces gentilshommes, plus curieux que tous les autres, se leva de table pour aller questionner l'hôte sur mon chapitre. Quelques instants après étant venu reprendre sa place d'un air content , il parla tout bas à ses voisins , ceux - ci à d'autres , et me voilà reconnu de toute la compagnie pour le neveu de l'ambassadeur d'Espagne.

Le souper fini, tous ces nobles, me regardant comme un jeune seigneur, firent un cercle autour de moi, et l'un des principaux m'adressant la parole , me dit que je ne sayois^ peut-être pas encore qu'il y avoit presque tous les jours bal à la cour pour la naissance du prince; qu'il y en auroit un ce soir-là, et que si j'ayois la moindre ^nvie d'y aller^ ces messieurs et lui se feraient un plaisir de m'y conduire. Je répondis à ce gentilhomme qu'une offre si obligeante n'étoit point à rejeter; qu'à la vérité

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