‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 208 sur 328 · LIVUE IV, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVUE IV, CHAP. VI

dont elle l'a voit privée en me retenant; puis employant ^ur moi ses bons offices , elle se répandit en discours si flatteurs sur mon compte, que j'en étois tout confus. Nous commençâmes tous trois un petit bal, en atten* dant rheure du grand , laquelle ne futpas sitôt arrivée , que nous nous rendîmes dans la salle où il se donnoit, et, tant qu'il dura, nous ne fîmes que nous trémousser; ma maîtresse et moi , pour faire notre cour à son altesse, qui se plaîsoit infiniment à nous voir danser «ensemble. Dès ce soir -là nos amours furent connus de tout le monde, qui nous regarda comme deux amante bien assortis. Mes rivaux seuls en jugèrent autrement.

J'allai rendre le lendemain la visite que je n'avois pu faire la veille à ma veuve. Je tvouvai cette dame avec deux autres de ses amies , qu'elle avoît par bienséance assemblées chez elle , et qui, connoissant bien nos sentiments, nous laissèrent la liberté de notis entretenir tout bas l'iin et l'autre. J'appris de la belle bouche de mon inc<wnparable brune , que du premier moment qu'elle m'avoit vu elle avoit senti pour moi ce que ses autres amants tâchoient en vain de lui ins|)irer. £n un mot, il me (vA permis de compter que j'étois tendrement aimé. Iln'yav^t pointée jour-là de fête au palais, leurs ahesses dlevant honorer àe leur présence un mariage important >qui se faisait en ville. Ma visite en fut plus longue. Qu'il m'échappa de discours passionnés ! Qu'on m'adressa de paroles obligeantes! Que no«s filmes contents l^un de l'autre, ma veuve et moi!

}e revins à mon- hôtellerie assez tard, l'étois tout confit eif amour, et si plein de belles idiées, qu'à peine pouvois-je parler. Sayavedra me laissa quelque temps

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plongé dans une si charmante ivresse; mais voyant qu*il étoit de mon intérêt de la dissiper, il me dit : Mon cher maître, vous xous endormez un peu dans la prospérité de vos affaires amoureuses Vous ne faites pas réflexion que nous sommes ici dans une ville de passage. Vous pourrez rencontrer quelqu'un qui reviendra de Rome, et qui vous reconnoîtra; vous courez. risque à chaque instant d'être découvert. Croyez-moi, brusquez l'aventure. Sachez*promptement de votre maîtresse jusqu'où votre fortune peut aller, et ne perdez plus de temps à 61er l'amour.

La prudence de mon confident me- fit rentrer en moimême, et m'obligea de retourner le jour suivant chez ma veuve , dans la résolution dé lui proposer de l'épouser. J'avois peur de gâter tout -par trop de précipitation ; et ce ne fut qu'en tremblant que je la pressai de hâter mon bonheur. Cependant, bien loin de se révolter contre le désir impatient que je lui témoignois d'être son époux , elle me dit franchement que ses intentions étant conformes aux. miennes, elle n'avoit pas dessein de*tirer les choses en longueur. Voyez, au.plus lot mes parents, poursuivit-elle; deniandez leur agrément ; et quand vous vous serez. acquitté de ce devoir, je ferai le reste. Transporté d'amour et de joie d'avoir son aveu, qui étoit le principal , je me jetai à ses genoux; et lui prenant une main qui ne se refusa point à mon transport, je la baisai avec ardeur; ensuite je. conjurai la dame d'agréer ,- comme pour sceller sa promesse, une petite bague que j'avois au doigt : c'étoit un assez joli diamant fort bien nïbnté. Elle l'accepta en me le laissant mettre à un.de ses doigts, à condition

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