‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 209 sur 328 · LIVRE IV, CftAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CftAP. VI

que j'en recevrois d'elle un autre qu'elle alla prendre dans son cabinet, et qui ëtoit d'un plus grand prix que le mien. On eût dit, après cela , que nous étions déjà mariés , tant nous devînmes familiers. Je ne sais pas même si dès ce jour-là je ne me fusse pas rendu maître du logis, si j'eusse été plus hardi; mais, outre que je craignois de lui déplaire en faisant paraître de coupables désirs ; j'avois trop d'amour et trop de respect pour être capable d'une pareille témérité.

Lorsqu'à mon retour de chez ma veuve j'appris à Sayavedra le résultat de mon dernier entretien avec elle, et que je lui montrai le gage qu'elle m'a voit donné de sa parole, il en pleura de joie. Courage, s'écria-t-il , vous .avez le vent en poupe; vous allez à toutes voiles; :vous eptrerez bientôt dans le port. Ne manquez pas dès •demain de visiter les parents de cette hotme dame; je suis persuadé qu'ils fous accorderont leur consentement. C'est à: quoi il n'étoit pas nécessaire dé m'exhorter. Ma maîtresse m'avoit nommé les plus considérables et bien infttiuit de leurs caractères, afin que je pusse me régler là-dessus.. Il y en avoit deux avec qui j'avois déjà fait connoissance; ils étoient à peu près de mon âge. J'aurois bien répondu de l'agrément de ceux-là. Je craignois seulement certains barbons graves et flegmatiques, gens qui ne faisant rien que par compas et par mesure, voudroient me mener par un chemin fort long; ce qui ne vaudroit pas le diable pour moi , qui avoit tant d'intérêt à finir promptement cette affaire. Je vis donc dès le matin les parents en question. Les deux jeunes me dirent sans façon qu'ils approuvoient fort ma recherche , si elle étoit agréable,à leur cousine. Il n'en fut pas ainsi

4lo GUZMAN D'ALFARACHE.

des oncles, qui me répondirent que la chose regardoit

toute la famille ; qu'ils s'assembleroient au premier jour,

et que je ne tarderais guère à savoir ce qu'ils auroient

résolu. Rien n'étoit plus prudent, et je rfe pouvoir

trouver ce procédé mauvais, quelque chagrin qu'il me

causât.

Je rendis compte l'après-dînée à ma veuve de toutes ces visites. Elle me dit qu'elle s'étoit bien attendue à la réponse qui m'avoit été faite , et que nous pouvions toujours , par provision , régler toutes 1^ cérémonies de notre mariage, nous promettant de le célébrer avec toute la pompe convenable à des personnes de notre naissance, et ne doutant nullement que leurs altesses ne nous fissent l'honneur d'assister à nos noces. Au bout de trois jours , il vint chez moi deux des principaux parents de ma future, pour m'apprendre le résialtatde leur délibération touchant ma reclîerche. Ils me dirent qu'ils envisageoient le dessein que j'avois sur leur parente comme une chose très honoraUe pour leur feimille; qu'ils me prioient toutefois de trouver bon qu'ils exigeassent de moi, seulemenj; pour agir avec plus cte bienséance, (jue je fisse intervenir là dedans M. l'ambassadeur mon oncle ; que soi% excellence n'avoit qu'à en écrire un mot au grand-duc, et une petite lettre de politesse à toute la famille, pour lui demander son aveu. Je me sentis terriblement ému à te discours; et faisant tous mes efforts pour leur cacher le trouble qui m'^stgitoit, je leur répondis, avec une effronterie sans pareille, que s'il ne falloit que cela pour les contenter, ib seroient bientôt satisfeits;qp»e je leur promettons des lettres de l'ambassadeur pour toug les parents; tant en

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