LIVRE V, CHAP. V. 5o
t'adresses à un orfèvre, de l'informer dans son voisi-* nage si c'est un homme à qui l'on puisse se fier : si l'on tassui^e qu'oui, tu lui feras peser ma chaîne, et tu reviendras me dire ce (ju'elle pèse. Quoique mon cousin l'eût d^à vue, il eut envie de la considérer encore, et il l'admira, tant pour le travail que pour la beauté de l'or; puis se tournant vers Sayavedra : Mon ami, poursuivit-il, dites à mon valet que vous trouverez là bas, qu'il vous mène chez mon orfèvre qui demeure à deux pas d'ici, çt qui vous dira en conscience c% que cette chaîne vaut. Mon écuyer ne tarda pas à revenir. Je lui demandai combien l'orfèvre la prisoit. Six cent cinquante écus, me répondit Sayavedra. Hé bien, lui répliquaiyô , tu n'as qu% retourner chez lui pour le prier de me prêter sixxents écus sur ce gage, que je retireci^ dans trois jours , en lui payant, ce. qu'il IM plaira, pour l'intérêt.. Quoique honnête homme, 'dit mon ccHisin, il n'aura pas honte de prendre trois pour cent pour .trois jours comme pour i six mois; disant que e'e&t lainême chose pQiu" lui. Je suis bien fâché,. continua*t^il, de n'être pas à l'heure qu'il est en aJrgent comptant ; mais je connois un homme de biea qui se eE»itentëra de deux pour cent.
Cet homme de bien étoit lui-même , qui , malgré l'espérance d'avoir mon'bénéfice pour rien, étoit bi^i aise de souffler ce petit pro^t à l'orfèvre. Je ne laissai pas de témoigner à ce bon cousin qu'il me feroit plaisir de se charger de cette affaire. Ce n'est pas, lui dis-je, que je manque d'espèces, comme vous le pouvez voir. En même temps je tirai de mes* poches deux grandes bourses pleines de pistoles, que je lui montrai. C'est
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uniquement par précaution que je mets ma chaîne en gage : on jouera* gros jeu aux noces de mon ami le colonel, je n'aime point à me trouver court d'argent. Mon cousin m'assura que dans deux heures au plus tard les six cents écus seroient chez moi. Alors prenant là cassette des mains de Sayavedra , je l'ouvris un instant, pour faire remarquer à mon parent que la chaîne y étoit; ensuite l'ayant refermée, je la livrai à son valet, qui m^apporta une heure après les six cents écus. Mal* heureusement pour le cousin, mon majordome, en rap* portant de chez l'orfèvre la cassette sous son manteau, en: a voit adroitement tiré la chaîne id'or, et mis l'autre à sa place. t.
Le^oir Favello vint souper avec itiai. Il me dit qu'il étoit temps que je fisse le coup que je méditois, et qu'il falloit.qtie le lendemain- j'allasse ooucher à son bord, attendu que les galènes dévoient pafrtir ]fi jour d'après au lever de l'aurorei Cela suffit, lui rëpo^dis^ je; mes affairesr seront faites en moinsi de vingt-Kjuatre keuriBS, et je ne manquerai pas de me rendra à votre galère demain au soirl De votre côté, envoyez, s'il vous plaît, chefcher mes coffras vers la nuit par vos gens; mon départ en sera plus secret. Le capitaine me le promit, et prit congé de moi peu de temps après le repas, pour aller donner quelques ordres importants pour lui. Nous passâmes presque toute la journée suivante à tout disposer pour notre embarquement. Nous serrâtnes nos meilleures hardes dans nos deux plus grands coffres, et nous remplîmes de guenilles les deux pareils à ceux que mon tr^ honoré oncle conservoît précieusement dans son cabinet. Un quart d'heure avant
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