‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 27 sur 328 · LIVRE I, CHAP. VII. 6l · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAP. VII. 6l

esprit de vengeance , ne voulut jamais convenir qu'il l'eût vole.

Les alcades envoyèrent ce misérable en prison ; ce qui me causa quelque joie au milieu de mes peines : je dis au milieu , car je n'étois pas encore au bout. Les greffiers , gens aussi humains que désintéressés , jugeant que j'étois un garçon de famille , et que je pouvois avoir un père riche , conseillèrent chrétiennement aux juges de me faire arrêter aussi à tout hasard : ce conseil, qui se trouva fort du goût des alcades , alloit être suivi, si les bourgeois qui étoient présents ne se fussent opposés à une si grande injustice^ en disant tout haut que si cela s'exécutent, le battu payeroit l'amende. Les murmures de ces honnêtes gens l'emportèrent pour le coup sur la bonne volonté des offîâers de justice , qui me firent grâce par politique.

D'une autre part, l'ânier, triste témoin de tout ce qui se passoit , et mourant de peur qu'on ne se saisit de ses ânes et de lui , me dit à l'oreille de nous éloigner prompteiiientdece pays de bénédiction , où le moindre malheur qui pouvoit arriver à un homme de bien étoit de perdre son manteau. J'approuvai fort son avis : nous montâmes à la hâte sur nos bêtes, et nous sortîmes de l'hôtellerie.

6à GUZMAN D'ALFARACHE,

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