‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 72 sur 328 · LIVRE I, CHAP. IX. i6i · texte numérisé non relu

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que le ciel lui offroit de se venger du séducteur de sa fille. Il fit appeler le bailli pour l'exciter à poursuivre chaudement cette affaire. Il l'assura de sa protection, de son crédit et de sa bourse. Il lui conseilla d'aller dès le lendemain à Séville se jeter aux pieds de messieurs de la justice avec tous les parents des. morts et des blessés : ce que le bailli résolut de faire. Effectivement, il conduisit à la ville, le jour suivant, son prisonnier escorté des archers et des paysans les plus résolus du bourg. Quand le peuple de Séville le vit arriver, et qu'il sut de quoi il s'agissoit, il s'échauffa, et l'on n'eut pas peu de peine à sauver de sa fureur le malheureux Maure , dont il demandoit à haute voix la mort. Outre cela, don Louis retourna dès le même jour à la ville , où il croyoit sa présence nécessaire pour engagei; les juges à condamner un homme dont il avoit juré la perte.

D'un autre coté, don Alonse se trouvoit si mal.de ses blessures , qu'à peine pouvoit-il se tenir à cheval , outre qu'il n'avoit pas encore assez de gens pour entreprendre par la force de délivrer son ami. Ainsi, réduit à solliciter pour lui, il alloit supplier chaque juge de considérer qu'on ne pouvoit, sans injustice, ôter la vie à un homme qui n'avoit fait que se défendre contre des assassins. Mais tous les juges lui disoient qu'il devoit se contenter qu'ils fissent à son égard les aveugles et les sourds ; que le sang qui avoit été répandu demandoit justice; et que s'il étoit lui-même à la place du prisonnier, ils ne pourroient le tirer d'affaire. La mort d'Ozmin paroissoit donc inévitable et prochaine; cependant, malgré toutes les mesures qujB Guzman. ^ i

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don Louis pouvoit prendre pour la hâter , elle fut suspendue par un incident auquel ce seigneur ne s'etoit nullement attendu. Il reçut un courrier que la reine lui dépêcha. Cette princesse lui mandoit la prise de la ville de Grenade, et lui ordonnoit de partir incessamment luimême avec Daraxa; que le père de cette dame souhaitoit passionnément de la revoir ; que ce seigneur maure étoit dans la résolution de se faire chrétien, et qu'on espéroit que sa fille se détermineroit à suivre son exemple.

Il y avoit aussi un paquet pour Daraxa; mais le marquis se garda bien de le lui remettre. Il ne jugea pas à propos non plus de lui parler des nouvelles que le sien contenoit, de peur qu'impatiente de retourner auprès de ses parents, elle ne l'obligeât à partir dès le lendemain avec elle pour Grenade; il vouloit auparavant voir finir le procès de don Jaymé par une sentence de mort, et assister même à l'exécution avant son départ. Pour cet effet, il redoubla ses efforts et ses sollicitations, ou plutôt il obséda si bien les juges, qu'ils condamnèrent Ozmin, deux jours après, à avoir la tête tranchée, sous le nom de don Jaymé, gentilhomme aragonois.

Zuniga fut averti des premiers de ce sévère jugement; il trouva moyen de le faire savoir aux dames par un billet, et de les assurer qu'il périroit, lui et trois cents hommes qu'il avoit assemblés, plutôt que de souffrir une pareille injustice. Qui pourroit dire dans quelle affliction ce billet plongea la belle Maure? L'idée du traitement ignominieux qu'on préparoit à son cher Ozmin , lui troubla peu à peu l'esprit. Elle entra dans un vif désespoir, alla chercher don Louis; et, le ren-

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