‹ Œuvres de Le SageChapitre 103 sur 321 · LIVRE VIII, CHAP. IX. i · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAP. IX. i

encore m empéckoit d'y prendre garde : les bénéfices et les eniplois rie ces^ieut pas df faire venir l'eau au moulin. Je voyoîs mes finances augmenter de jour eu jour. Je m'imaginoîs pour le coup avoir attaché un clou à la roue de la fortune.

Il ne manquoit plus à ma vanité <{ue de rendre Fahrice témoin c^e ma vie fastueuse. Je ne doutois pas qu'il ne fût de retour d'Andalousie; et, pour me donner le plaisir de le surprendre, je lui fis tenir un billet anonime , par lequel je lui mandoîs qu'un seigneur sicilien de ses amis l'attendoit à souper : je lui marquois le jour^ l'heure et le lieu où il falioit qu'il se trouvât. Le rendez-vous étoit chez xnùi. Nun^z y vint, et fut extraordinaîrement étonné d'apprendre que j'étois le seigneur étranger qui l'a voit invité à souper.* Oui, lui dis-je, mon ami, je suis le maître de cet hôtel! J'ai un équipage, une bonne table, et de plus un coffre-fort. Estril possible, s'écria- t^il avec vivacité, que je te retrouve dans l'opulence? Que je me sais bon gré de t'avoir placé auprès du comte Galiano! Je te disois bien que c'étoit i|n seigneur généreux , et qu'il ne tarderont guère à te mettre à ton aise. Tu auras sans doute, ajouta-t-il, suivi le sage conseil que je t'avoîs donné de lâcher un peu la bride au maître d'hôtel; je t'en félicite. Ce n'est qu'en tenant cette prudente conduite que les intendants deviennent si gras dans les grandes maisons.

Je laissai Fabrice s'appkudir taxit qu'il lui plut de m'avoir mis chez le oosnte Galiano. Après quoi, pour modérer la joie qu'il sentoit de m'avoir procuré un si bon poste, je lui détaillai les marques de reconnoissance dont ce seigneur avoil payé mes services. Mais,

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m'apercevant que mon poète, pendant que je lui faisois GQ détail, chantoit en lui-même la palinodie, je lui dis : Je pardonne au Sicilien son ingratitude. Entre nous, j'ai plutôt sujet de m'en louer que de m'en plaindre. Si le comte n'en eût pas mal usé avec moi, je l'anrois suivi en Sicile, où je le servirois encore dans l'attente d'un établissement incertain. En.un mot, je ne serois pas confident du duc de Lerme.

IN^unez fut si vivement frappé de ces derniers mots, qu'il demeura quelques instants sans pouvoir proférer une parole. Puis, rompant tout à coup le silence: L'ai-je bien entendu? ipe dit -il. Quoi! vous avez la confiance du premier ministre? Je la partage, lui répondis- je, avec don Rodrigue de Calderone ; et, selon toutes les apparences, j'irai loin. En vérité, seigneur de Santillane, répliqua-t-il, je vous admire. Vous êtes capable de remplir toute sorte d'emplois. Que de talents vous réunissez en vous! ou plutôt, pour me servir d'une expression de notre tripot, vous avez Y outil unwersel\ c'est-4i-dire , vous êtes propre à tout. Au reste , seigneur, poursuivit -il, je suis ravi de la prospérité de votre seigneurie. Oh! que diable, interrompis -je, monsieur Nunez, trêve de seigneur et de seigneurie! Bannissons ces termes -là, et vivons toujours ensemble familièrement Tu as raison y reprit-il; je ne dois pas te regarder d'un autre œil qu'a l'ordinaire, quoique tu sois devenu riche; mais , ajouta-t-il , je t'avouerai ma foiblesse ; en m'annonçant ton heureux sort , tu m'as ébloui; par bonheur mon éblouissement se passe, et je né vois plus en toi que mon ami GilBlas. ,

Notre. entretien fut troublé par quatre ou cinq com-

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