‹ Œuvres de Le SageChapitre 136 sur 321 · LIVRE IX, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAP. VI

ment la dame de me dire si son père, en là livrant à ma tendresse , ne faisoit aucune violence à ses sentiments, qu'elle m'avoua que je ne la devois point à sa seule obéissance. Depuis cet aveu plein de charmes, je ne m'occupai que du soin de plaire , et d'imaginer des fêtes galantes en attendant le jour à& nos noces ^ qui devoit être célébré par une magnifique cavalcade où toute la noblesse de Coria et des environs se préparok à briller»

Je donnai un grand repas à une superbe maison de plaisance que ma tante avoit aux portes de la ville du côté de M anroi. Don Georges et sa fille avec tous leurs parents et leurs amis en étoient. On y avoit préparé par mon ordre un concert de voix et d'instruments, et fait venir une troupe de comédiens de campagne, pour y représenter une comédie. Au milieu du festin, on me vint dire qu'il y avoit dans une salle to homme qui demandoit à me parler d'une affaire très importante pour moi. Je me levai de table pour aller voir qui c'étoit. Je trouvai un inconnu qui avoit l'air d'un valet de chambre. Il me présenta un billet que j'ouvris , et qui coiïtaaoit ces paroles : Si r honneur vous est cher y comme il le doit être a tout cheif aller de votre ordre ^ wous ne manquerez pas demain matin de vous rendre dans laphùne de ManroL Vous y trouverez un ca^alier qui veut vous /aire raison de Vojfense que vous avez reçue de lui y et vous mettre ^ sHl le peuty hors d'état d*épouser dona Helena.

Don Augustin de Olighera.

Si L'amour a beaucoup d'empire sur les Espagnols,

a46 OIL BLAS.

la vengeance en a encore bien davantage. Je ne lus pas ce billet d'un cœtit tranquille. Âù seul nom de don Au:gustin^ il s'alluma dans mes veines un feu qui me fit presque oublier les dévoilas indispensables que j'avois à remplir ce jour«-là. Je fus tenté de me dérober à la corn* pagnie, pour aller chercher sur-le-champ mon ennemi. Je me contraigniis pourtant, de peut* de troubler la fête, et dis k Thomme qui m'avoit reïAis la lettre : Mon ami, vous pouvez dire au cavalier qui vous envoie que j'ai trop d'envié de me revoir aux prises avec lui, pour n'être pas demain avant le lever du soleil dans l'en-^ droit qu il me marque.

Après avoir renvoyé lé messager avec cette r^yorisé, je rejoignis mes convives, et repris ma place à la table, où je composai si bien mon visage, que personne n'eut aucun soupçon de te qui se passoit en moi. Je parus ^ pendant le reste de la journée , oùcvipé comme les auttes des plaisirs de la fête^ qui finit enfin au milieu de la nuit. L'asseitiblée se sépara^ et chacun rentra. dans la ville de la même manière qu'il en étoit sorti. Pour moi^ je demeurai dans la maison de plaisance, sous prétexte d'y vouloir prendre le frais le lendemain matin, mais ce n^étoit que pour me trouver plus tôt au rendei-vous* Au lieu de me coucher, j'attendis avec impatience la pointe du jour. Sitôt que je l'aperçus, je fiiontai sur mon meilleur cheval, et je partis tout seul comme pour me promener dans la campagne. Je m'avance vers Manroi. Je découvre dans la plaine un homme à cheval qui vient de mon côté à bride abattue. Je vole à sa rencontre pour lui épargner la moitié dû chetnin. Nous nous joignons bientôt. C'étoit mon rivai Chevalier ^

Page 1