‹ Œuvres de Le SageChapitre 137 sur 321 · LIVRE IX, CHAP. VI. tl^y · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAP. VI. tl^y

me diuil insolemment, c'est à regret que j'en viens aux mains une seconde fois jàvec vous ; mais c'est votre faute. Après l'aventure de la sérénade, vous auriez dû renon-cer de bonne grâce à la fille de don Georges, ou bien vous tenir pour dit que vous n'en seriez pas quitte pour cela si vous persistiez dans le dessein de lui plaire, y ou; êtes trop fier, lui répondis-je, d'un avantage que voue» devez peut-être moins à votre adresse qu'à l'ob^ scurité de la nuit. Vous ne songez pas^ que les armes sont journalière^}. £{les ne le sont pas pour moâ, repliqua-t-il d'un air arrogant; et je vais vous faire voir que^ le jour comme la nuit je sais punir les chevaliers audacieux qui vont sur mes briséeSi^

Je ne repartis à cet ^orgueilleux- discours qu'en met* tant promptement pied à terre. Don Augustin fit la même chose. Nous attachâmes nos chevaux à un arbre, et nous commençâmes à noua battre avec une égale vigueur. J'avouerai de Ixmne foi que j'avois affaire à un ennemi qui savoit mieux faire des annes que moi , bien que j'eusse deux années de salle. Il/étoit consommé dans l'escrime. Je ne pouvois exposer ma vie à un plus grand péril. Néanmoins, comme.il arrive assez souvent que le plus fort est vaincu par le plus foible, mon rival, malgré toute son habileté, reçut un coup d'épée dans le cœur, et tomba roide mort un jnomait après.

Je retournai aussitôt à la maison de plaisance, où j'appris ce qui venoit de se passer à mon valet de chambre , dont h fidélité m'étoit connue. Ensuite je lui dis : Mon cher Ramire, avant que la justice puisse avoir connois*sance de cet événement, prends un bon cheval, et va informer ma tante de, cette aventure. Demande-lui de

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ma part de l'or et des pierreries, et viens me joindre à ^lacencia. Tu me trouveras dans la première hôtellerie en entrant dans la ville. -

Ramire s'acquitta, de sa commission avec tant de diligence, qu'il arriva trois heures après moi à Placencia. Il me dit que dona Éléonor avoit été plus réjouie qu'affligée d'un combat qui réparoit l'affront que j'<ayois reçu au premier, et qu'elle m'envoyoit tout son or et toutes ses pierreries pour me faire voyager agréablement dans les pays étrangers, en attendant qu'elle eût accommodé mon affaire.

Pour supprimer les circonstances superflues, je vious dirai que je traversai la Castille nouvelle pour aller dans le royaume de Valence m'embarquer à Dénia. Je passai en Italie , où je me mis en état de parcourir les cours et d'y paroître avec agrément.

Tandis que, loin de mon Hélène, je me disposois à tromper, autant qu'il me seroit possible, mon- amour et mes ennuis, cette dame à Coria pleuroit en secret mon absence. Au lieu d'applaudir- aux poursuites que sa famille faisoit contre moi au sujet de la mort d'Olighera, elle souhaitoit au contraire qu'un prompt accommodement les fît cesser et hâtât mon retour. Six mois s'étoient déjfi écoulés depuis qu'elle m'avoit perdu, «t je crois que sa constance auroit toujours triomphé du temps, si elle n'eût eu que le temps à combattre; mais elle eut des ennemis encore plus puissants. Don Blas de Combados, gentilhomme de la 'côte occidentale de Galice, vint â Coria récueillir une riche succession qui lui avoit été vainement disputée par don Miguel de Caprara son cousin, et il s'établit dans ce pays^là,

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le trouvant plus agréable que le sien. Gombados étoit bien fait. Il pari)issoit doux et poli, et il avoit l'esprit du monde le plus insinuant. Il eut bientôt fait connois^ sance avec tous les honnêtes gens de la ville, et sut toutes les affaires des uns et des autres.

Il n'ignora pas long-temps que don Georges avoit une fille dont la beauté dangereuse sembloit n'enflammer les hommes que pour leur malheur. Cela piqua sa curiosité; il eut envie de voir une dame si redoutable. Il rechercha pour cet effet l'amitié de son père, et sut si bien la gagner, que le vieillard, le regardant déjà comme un gendre, lui donna Tentrée de sa maison, et la liberté de parler en sa présence à dona Helena. Le Galicien ne tarda guère à devenir amoureux d'elle : c'étoit un sort inévitable. Il ouvrit son cœur à don Georges, qui lui dit qu'il agréoit sa recherche; mais que ne voulant pas contraindre sa fille , il la laissoit maîtresse de sa main. Là-dessus don Blas mit en usage toutes' les galanteries dont il put s'aviser pour plaire à cette dame , qui n'y fut aucunement sensible, tant elle étoit occupée de moi. Félicia étoit pourtant dans les intérêts du cavalier, qui Tavoit engagée par des présents à servir son amour. Elle y employoit toute son adresse. D'un autre côté, le père sebondoit la suivante par des remontrances ; et néanmoins ils ne firent tous deux , pendant une année entière, que tourmenter dona Helena, sans pouvoir me la rendre infidèle.

Gombados, voyant qife don Georges et Félicia s'intéressoient en vain pour lui, leur proposa un expédient pour vaincre l'opiniâtreté d'une amante si prévenue. Voici, leur dit*il, ce quej'aiimaginé. Nous supposerons

qu'un marchand de Coria vient de recevoir une lettre d'un négociant italien ^ dans laquelle, après- un détail de choses qui concerneront le commerce , on lira les paroles suivantes : Il est arrivé depuis peu a la cour de Parme un cawiUer espagnol nommé don Gaston de CogoUos. Il se dit neveu et unique héritier d'une riche veuve qui demeure à Coria sous lenom dedonaÉléonor de Lajcàrilku II recherche la fille d^ un puissant sd,gneur^ mais on ne veut pas la lui accorder qu'ion ne soit informé de la vérité. Je suis chargé de m' adresser a vous pour cela. Mandez-moi donc , je vous prie , si vous connoissez ce don Gaston^ et en quoi consistent les biens de sa tante. Votre réponse décidera de ce mariage. A Parme f ce, etc.

Cette fourberie ne parut au vieillard qu'un jeu d'esprit, qu'une ruse pardonnable aux amants; et là sou-* brette, encore moins scrupuleuse que le bon homme, l'approuva fort. L'invention leur sembla d'autant meilleure, qu'ils connoissoient Hélène pour une fille fière et capable de prendre son parti sur-le-champ, pourvu qu'elle n'eût aucun soupçon de la supercherieé Don Georges se chargea de lui annoncer lui-même mon changement, et, pour rendre la chose encore plus naturelle, de lui faire parler au marchand qui auroit reçu de Parme la prétendue lettre. Us exécutèrent ce projet comme ils l'avoient formé. Le père, avec une émotion où il y avoit en apparence de la colère et du dépit, dit à dona Helena : Ma fille, je ne vous 4irai plus que tios pavents me prient tous les jourà de ne permettre jamais que le meurtrier de don Augustin entre dans

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