‹ Œuvres de Le SageChapitre 138 sur 321 · LIVRE IX, GHAP. Vi. aSi · texte numérisé non relu

LIVRE IX, GHAP. Vi. aSi

notre famille ; j'ai ai^ourd'hui une raison plus forte à vous dire pour vous dëtacher de don Gaston. Mourez de honte de lui être si fidèle ! C'est un volage , un perfide. Voici une preuve certaine de son infidélité* Lisez vous-même cette lettre qu'un marchand de Coria vient de recevoir d'Italie. La tremblante Hélène prend ce papier supposé, en fait des yeux la lecture, en pèse tous les termes, et demeure accablée de la nouvelle de mon ittcotistance; TJn sentiment de tendresse lui fit ensuite répandre quelques larmes ; mais bientôt rappelant toute sa fierté, elle essuya ses pleurs, et dit d'un ton ferme à son père : Seigneur, vous venez d'être témoin de ma foiblesse; soyez*le aussi de la victoire que je vais remporter sur moi. C'en est fait, je n'ai plus que du mépris pour don Gaston; je ne vois en lui que le dernier des hommes. N'en parlons plus. Allons , rien ne me retient plus; je suis prête à sui^e doa Blas à Tautel. Que mon hymen précède celui du perfide qui a si mal répondu à mon amour! Don Georges, transporté de joie à ces paroles, embrassa sa fille, loua la vigoureuse résolution qu'elle prenoit, et, s'applaudissant de rheureux«succès du stratagème, il se hâta de combler les vœux de mon rival.

Dona Helena me fut ainsi ravie. Elle se livra brus-^ e[uetiiént à Combados, sans vouloir entendre l'amour qui lui parloit pour moi au fond de son coeur, sans douter même un instant d'une nouvelle qui auroit dû trouver dans mie amante moins de crédulité. L'orgueilleuse n'écouta que sa présomption. Le ressen-^ timent de l'injure qu'elle s'imaginoit que j'avois faite à sa beautéJ'emporta sur l'intérêt de sa tendresse* Elle

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eut pourtant, peu de joui^ après son mariage, quelques remords de l'avoir précipité : il lui vint dans l'esprit que la lettre du marchand pouvoit avoir été supposée, et ce soupçon lui causa de l'inquiétude. Mais l'amoureux don Blas ne laissoit point à sa femme le temps de nourrir des pensées contraires à son repos; il ne songeoit qu'à Tarauser, et il y réussissoit par une succession continuelle de plaisirs différents qu'il avoit l'art d'inventer.

Elle paroissoit très contente d'un époux si galant, et ils vivoient tous deux dans une parfaite union, lorsque ina tante accommoda mon affaire avec les parents de don Augustin. Elle m'écrivit aussitôt en Italie pour m'en donner avis. J'étois alors à Reggio, dans la Calabre ultérieure. Je passai en Sicile, de là en Espagne, et je me rendis enfin à Coria sur les ailes de l'amour. Dona Éléonor; qui ne m'âvoît pas mandé le mariage de la fille de don Georges, me l'apprit à mon arrivée; 6t, remarquant qu'il m'affligeoit : Vous avez tort, me dit-elle , mon neveu, de vous montrer sensible à la perte d'une dame qui n'a pu vous demeurer fidèle. Croyezmoi , bannissez de votre cœur et liq votre mémoire une personne qui n'est plus digne de vous occuper.

Comme ma tante ignoroit qu'on eût trompé dona Helena, elle avoit raison de me parler ainsi, et elle ne pouvoit me donner un conseil plus sage. Aussi je me promis bien de le suivre, ou du moins d'affecter un air d'indifférence, si je n'étois pas capable de vaincre ma passion. Je ne pus toutefois résister à la curiosité de savoir de quelle manière ce mariage a;^it été fait. Pour en être instruit, je résolus de m'adresfeer à l'amie

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