LIVRE IX, CHAP. X
Lirias; j'y \âvrai conmiodément avec le bien que j'ai' d'ailleurs. Mais cela me «ùffit; et, loin d'en désirer da^ varttage , je consentirais piutot de perdre tout ce qu'il y a de superflu dans ce que je possède. Les richesses soiît un fardeau dans ime retraite ëtii l'on ne cherche, qttè de la tranquillité.
Pendant que naus nous entretenions de cette sort^, don César arriva. Il ne fit guère moins paroître de joie que son fils en me voyant; et, iorsqu'il fut î&farittade- Tobligationque sa-famiUe m'a voit, il me pressa: <fac-> ceptf r la pension , ce que je refusai de neuv^am Enfin^ le père et le fils me menèrent sup-te-ehamp ehez on notaire , oik ils firent dresser la donation, ^qu'ils signèrent tous deux avec plus de plaisir qu'ils h'auroient^ signé •un acte à leur profit. Quand le contrat fut expédié, ils me le remirent entre les mains , en me disant que la terre de Lirias n'étoii- plus à eux , et qiie j'en pour-^ rois aller prendre possessicoi quand il me plairoit. Ils s'en retournèrent ensuite chez le baron de Steinbach ; et moi je volai vers notre iiotel, où je ravis d'admiré-^tion mon secrétaire, lorsque je lui annonçai que nous avions une terre dans le royaume de Valence, et que je lui contai de quelle manière je venois de faire cette acquisition. Combien peut valoir ce petit domaine? me dit-il. Cinq cents ducats de rente, lui répondis-je, et je puis t^assurer que ô'est une aimable solitude. Je laconnois pour y avoir été plusieurs fois en qualité d'intendant des seigneurs de Leyva. C'est une petite maison sur les bords du Guadalaviar ^ dans un hameau de cinq ou six feux, et dans un pays charmant.
Ce qui- m'en plaît davantage, s'écria Scipion, c'est
que nous aurons là de bon gibier, avec du vin de Benîearlo et d'excellent muscat. Allons, mon patron, hâtons-nous de quitter le monde et de gagner notre herraitage. Je n'ai pas moins d'envie d'y être que toi, lui repartis-je; mais il faut auparavant que je fasse un tour aux Asturies. Mon père et ma mère n'y sont pas dans une heureuse situation. Je prétends les aller chercher pour les conduire à Lirias, où ils passeront en repos leurs derniers jours. Le del ne m'a peut-être feit trouver cet asile que pour les y recevoir, et il me puniroit si j'y manquois. Scipion loua fort mon dessein; il m'excita même à l'exécuter. Ne perdons point de temps , me dit-il : je me suis assuré déjà d'une chaise roulante; achetons vite des mults , et preûonsle chemin d'Oviédo. Oui, mon ami, lui répondis-je, partons le plus tôt qu'il nous, sera possible. Je me fais un devoir indispensable de. partager les douceurs d© ma retraite av^c les auteurs de ma naissance. Nous nous verrons bientôt dans notre hameau; et je veux, en y arrivant, écrire sur la porte de ma maison ces- deux vers latins en lettres d'or :
Jiw«ûportum. Spes et Fortuna, saleté !
Sat m0 lusistisi ladite nunc alios !
N, B, Cétoit par cet adieu aux illusions de ce monde cpie fînissoît d'alx>rd l'histoire de Gil Blas, publiée en neuf livres en 1734.
Il est bien remarquable que le baron de Eniedgge , auteur du GH Blas allemand, termine aussi les aventux^s de son Pierre Clans de Clausbach, en lui faisant quitter la cour où il étoit ministre, pour aller achever dans sa terre de Richetal, voisine de Hambourg f une vie assez singulière > dont voici le tableau : Né dans la poussière y protégé par une dame bienfaisante , favorisé d'une éducation au-dessus de sa naissance ; arraché à l'indigence , élevé à l'état de domestique ; phis heureux a» milieu de ses infortunes mêmes qu'il n'auroit jamais pu Fétre dans la chaumière pater*