‹ Œuvres de Le SageChapitre 184 sur 321 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Gil Bios retourne a son château de Lirias ; de la noui^elle agréable que Scipion lui apprit^ et de la réforme quHls firent dans leur domestique.

Agréments de la campagne. — Cabinet rempli de bons livres. — Cuisinier conservé.

Je passai huit jours à Valence dans le grand monde, vivant comme les comtes et les marquis. Spectacles , bals , concerts , festins , conversations avec les dames , tous ces amusements me furent procurés par monsieur et par madame la gouvernante , auxquels je fis si bien ma cour, qu'ils me virent à regret partir pour m'en re- ' tourner à Lirias. Ils m'obligèrent même auparavant de leur promettre de me partager entre eux et ma solitude. Il fut arrêté que je demeurerois pendant l'hiver à Valence , et pendant l'été dans mon château. Après cette convention, mes bienfaiteurs me laissèrent la liberté de les quitter pour aller jouir de leurs bienfaits. Je repris donc le chemin de Lirias, fort satisfait de mon voyage.

Scipion, qui attendoit impatiemment mon retour, fut ravi de me revoir ; et je redoublai sa joie par la «fidèle relation que je lui fis de tout ce qui m'étoit arrivé. Et toi , mon ami , lui dis-je ensuite , quel usage as-tu fait ici des jours de mon absence? T'es-tu bien diverti? Autant, répondit-il , que le peut faire un serviteur qui

n'a rien de si cher que la présence de son maître. Je me suis promené en long et en large dans nos petits états; tantôt assis sur le bord de la fontaine qui est dans le bois, j'ai pris plaisir à contempler la beauté de ses eaux^ qui sont aussi pures que celles de la fontaine sacrée, dont le bruit faisoit retentir la vaste forêt d'Albunea * ; et tantôt couché au pied d'un arbre , j'ai entendu chanter les fauvettes et les rossignols. Enfin j'ai chassé, j'ai péché; et, ce qui m'a plus satisfait encore que tous ces amusements , j'ai lu plusieurs livres aussi utiles que'divertissafits.

J'interrompis avec précipitation mon secrétaire, pour lui demander oii il avoit pris ces livres. Je les ai trouvés, me dit-il, dans une belte bibUothéque qu'il y a dans ce château, et que maître Joachim m'a fait voir. Eh! dans quel endroit, repris-je, peut-elle être cette prétendue bibliothèque ? N'avons-nous pas visité toute la maison le jour de notre arrivée? Vous vous l'imaginez, me repartit-il; mais apprenez que nous ne parcourûmes que trois pavillons , et que. nous oubliâmes le quatrième.

' Horace, dans une ode adressée à Plancus , fondateur de Lyon , lui parle des villes célèbres, et préfère aux sites de celles qu'on vantoit le plus dans la Grèce , ces lieux où Ton entend au loin retentir l'Aibunée, où TAnio se précipite, et le bord sacré de Tibur, et ces ver|[ers qu'arrose un ruisseau fugitif.

Çtum domus Albuneœ resonantis , Et prœeeps Amç , ac Tiburni lucus > et uda Mobilihus pomaria rwis. (Od. L. t, Yit.) Si Horace eût connu la situation charnpiante dans laquelle Plancus^ aYoit placé sa Tille,

Au confluent heureux de la Saône et du Rh6ne, il auroit eu beau jeu pour en faire une description encore plus charmante.

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