LIVRE X, CHAP. Vill. 33g
vint me. trou ver dans mon cabinet, où je Tattendois avec une impatience mêlée de crainte* Il avoit un aii* gai dont je tirai un bon augure. Si j'en crois, lui disje, ton visage riant, tu viens m'annoncer que je serai bientôt au comble de mes désirs. Oui, mon cher maître, me répondit-il , tout vous rit. J'ai entretenu Basile et sa fille ; je leur ai déclaré vos intentions. Le père est ravi que vous ayez envie d'être son gendre ; et je puis vous assurer que vous êtes du ,goût d'Antonia* O ciel ! interrompis-je tout transporté de joie; quoi! j'aurois le bonheur de plaire à cette aimable personne ? N'en doutez pas, reprit-il, elle vous aime déjà. Je n'ai pas^ à la vérité , tiré cet aveu de sa bouche ; mais je m'en fie à la gaieté qu'elle a fait paroître quand elle a su votre dessein. Cependant, poursuivit- il, vous avez un rival. Un rival ! m'écriai*je en pâlissant. Que cela ne vous alarme point, me dit-il, ce rival ne vous enlèvera point le cœur de votre maîtresse ; c'est maître Joachim votre cuisinier. Ah! le pendard, dis-je en faisant un éclat de rire; voilà donc pdUrquoi il a marqué tant de répugnance à quitter mon service ! Justement , répondit' Scipion , il a ces jours passés demandé en mariage Antonia , qui lui a été poliment refusée. Sauf ton meilleur avis , lui répliquai-je , il est à propos , ce me semble , de nous défaire de ce drôle -là avant qu'il apprenne que je veux épouser la fille de Basile; un cuisinier ^ comme tu sais, est un rival dangereux. Vous avez raison, repartit mon confident , il faut en purger notre domestique par précaution; je lui donnerai son congé dès demain matin, avant qu'il se mette à l'ouvrage^ et vous n'aurez plus rien à craindre ni de ses sauces
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ni de son amour. Je suis pourtant , continua-t-il , un peu fâché de perdre un si bon cuisinier, mais je sacrifie ma gourmandise à votre sûreté. Tu ne dois pas , lui dis-je , tajit le regretter ; sa perte n'est point irréparable ; je vais faire venir de Valence un cuisinier qui le vaudra bien. En effet j'écrivis aussitôt à don Alphonse ; je lui mandai que j 'a vois besoin d'un cuisinier, et dès le jour suivant il m'en envoya un qui consola d'abord Scipion.
-w Quoique ce zélé secrétaire m'eût dit qu'il s'étoit /aperçu qu'Antonia s'applaudissoit au fond de son âme d'avoir fait la conquête de son seigneur, je n'osois me fier à son rapport. Tappréhendois qu'il ne se fût laissé tromper par de fausses apparences- Pour en être plus sûr, je résolus de parler moi-même à la belle Antonia. Dans ce dessein, je me rendis chez Basile, à qui je confirmai ce que mon ambassadeur luL avoit dit. Ce bon laboureur, homme simple et plein de franchise , après m'a voir écouté, me témoigna que c'étoit avec ime extrême satisfaction qu'il m'accordoit sa fille; mais, ajouta-t-il, ne' croyez pas au moins que ce soit à cause de votre titre de seigneur de village. Quand vous ne seriez encore qu'intendant de don César et de don Alphonse , je vous préférerois à tous les autres amoureux qui se présenteroient; j'ai toujours eu de l'inclination pour vous; et tout ce qui me fâche , c'est qu'Antonia n'ait pas une grosse dot à vous apporter. Je ne lui en demande aucune, lui dis-je, sa personne est le seul bien où j'aspire* Votre serviteur très humble, s'écria-t-il, ce n'est point là mon compte; je ne suis point un gueux pour marier ainsi ma fille. Basile de