CHAPITRE XL
Suite de V histoire de Scipion,
Aumône payée. — Père Tolé par son fils. — Projet affreux. — Révélation nécessaire. — *Dénoûment inattendu.
Tant que j'eus de l'argent, mon hôte me fit bonne mine , et eut de grands égards pour moi; mais du moment qu'il s'aperçut que je n'en avoisT plus guère , il me battit froid, me fit une querelle d'Allemand, et me pria un^beau matin de sortir de sa maison pour s^ler loger ailleurs. Je le quittai fièrement, et j'entrai dans l'ëglise des pères de Saint-Dominique, où, pendant que j'entendois la messe , mi vieux mendiant vint me demander l'aumône. Je tirai de ma poche deux ou trois maravédis que je lui donnai, en lui disant : Mon ami, priez Dieu qu'il me fasse trouver bientôt quelque bonne placé; si votre prière est exaucée, vous ne vous repentirez pas de Ta Voir faite; comptez sur ma reconnoissance.
A ces mots le .guejux me considéra fort, attentivement, et me répondit d'un air sérieux : Quel poste souhaiteriez-vous d'avoir? Je voudrois, lui répliquaije , être laquais dans quelque maison oîi je fusse bien. Il me demanda si la chose pressoit. Oh ne peut pas davantage, lui dis-je ; car si je n'ai pas au plus tôt le bonheur d'être placé, il n'y a point de milieu, il faudra que je meure de faim ou que je devienne un de vos
confrères. Si vous étiez réduit à cette nécessité, repritil , cela seroit fâcheux pour vous , qui n'êtes pas fait à nos manières ; mais , pour peu que vous y fussiez accoutumé, Vous préféreriez notre état à la servitude , qui sans contredit est inférieure à la gueuserie. Cependant , puisque vous aimez mieux servir que de mener , comme moi , une vie libre et indépendante , vous aurez un maître incessamment. Tel que vous me voyez , je puis vous être utile. Je vais dès aujourd'hui m'employer pour vous. Soyez ici demain à la inéme heure , je vous rendrai compte de ce que j'aurai fait.
Je n'eus garde d'y manquer. Je revins le jour suivant au même endroit, où je ne fos pas lotig-**temps sans apercevoir le mendiant, qui vint me joinih*e,'et qui me dit de prendre la peine de le suivre. Je le suivis il me conduisit h une cave qui n'étoit pas éloignée de l'église , et où il faisoit résidence* Nous y entrâmes tous deux; et, nous étant assis sur un ktig banc qui avoit pour le moins cent ans de service, il me tint ce discours : Une bonne action trouve toiijours sa récompense ; vous me donnâtes hier l'aumône , et cela m'a déterminé à vous procurer une condition ; ce qui sera bientôt fait , s'il plaît au Seigneur. Je connois un vieux ' dominicain , nommé le père Ate^tis , qui est un saint re}igieu*x, an grand directeur. J'ai l'honneur d'être ^on commissionnaire , et je m'acquitte de cet emploi avec tant de discrétion et dé fidélifté, quHl ne refuse point d -employer son crédit potir tooi'et pour mes amis. Je lui ai parlé de 'Vous, et je l'ai tnis dans la disposition de vous rendre service.' Je vous 'préseirterai à sa révérence quand il vous plaira.