LIVRE X, CHAP. XL Spi
tant l'esprit d'imaginçr un e^^pédient qui le fit rouler pendant quelques jpwrç, et cet in|é«içu3^ ej^pédient fut de s'approprier, par fqrme d'emprupt, tout ce qui m'ëtoit revenu des s^iguces que j'avois faites «u cpffrefort. Je lui donnai jusqu'à la dernier^ pièce; ce qui pouvoit, ce me semble, passer pour urj^ restitution anticipée que J€ fipiispis m yi^ux marchand 9 dws la personne de son héritier.
Ce jeime hôrnme, lorsqu'il eutépuisé cette rei^ource, considérant qu'il n'en a voit plus ^ucuqe autre, tomba dans une profidmlç et noire mébucolie qui troubla peu . à peu sa raisop. Il pe regarda son père que cpipme un homme qui faisoit tout le inalheur dp ^a yie. Il eptra dans un yif désespoir , et , saus êtrp retenu par I9 yoi^ du sang, le misérable conçut rbprrible dessein de l'em'' poisonner. Il ne ?e cpntenfa pas jie vçie faire confidence de cet exécrable projet , il ijfie prpposa mêïfie de servir d'instrument à sa vengeance. A pette prppositiop, je me sentis saisi d'effroi. Monsieur, lui disrje , e$t-il possible que vous soyeziïs^ez abî^ndonné du ciel pour fivoir formé cette abominable résolution? Quoi! vpjus seriez capable de donner la mort à l'auteur de vos jpufs ? On verroit en Espagne, d^ïn» le sein du christianisme, com^îettre un crime dont la seule idée ferpit horreur aux notions les plus barbares! I^on, mo^ cher maître, ajoutai -je en me mettant à ses genpu:i^, n^n, vous ne ferez point une action qui soujeverpit contre yoyç toute h terre, et qui seroit suivie d'un infime châtiment.
Je tins encore d'autres discours à G^^rd pour le détourner d'une e^trepris/e si oPUp^We. J/^ ne §^is aîj j'allai'prendre tous les rçiispnnements d'honnête homm^
3gr GIL BLAS.
dont je me servis pour combattre son désespoir; mais il est certain que je lui parlai comme un docteur de Salamanque , tout jeune et tout fils que j'étois de la Coscolina. Cependant j'eus beau lui représenter qu'il devoit rentrer en lui-même, et rejeter courageusement les pensées détestables dont son esprit étoit assailli , toute mon éloquence fut inutile. Il baissa la tête sur son estomac; et, gardant un morne silence, quelque chose que je pusse faire et dire, il me fit juger qu'il n'en démordroit point.
Là-dessus , prenant mon parti, je résolus de révéler tout à mon vieux maître ; je lui demandai un secret entretien, il me l'accorda; et nous étant tous deux enfermés : Monsieur, lui dis-je, souffrez que je me jette à vos pieds , et que j'implore votre miséricorde ! En achevant ces paroles , je me prosternai devant lui avec beaucoup d'émotion , et le visage baigné de larmes. Le marchand , surpris de mon action et de mon air troublé , me demanda ce que j'avois fait. Une faute dont je me repens, lui répondis-je, et que je me reprocherai toute ma vie. J'ai eu la foibtesse d'écouter votre fils , et de l'aider à vous voler. En même temps je lui fis un aveu sincère de tout ce qui s'étoit passé à ce sujet; après quoi je lui rendis compte de la conversation que je venois d'avoir avec Gaspard, dont je lui révélai le dessein sans oublier la moindre circonstance.
Quelque mauvaise opinion que le vieux Velasquez eût de son fils , à peine pouvoit-ij ajouter foi à ce dis- • cours. Néanmoins, ne doutant nullement que mon rapport ne fût véritable : Scipion, me dit-il en me relevant, ' car j'étois. toujours à ses pieds , je te pardonne en faveur