‹ Œuvres de Le SageChapitre 222 sur 321 · LIVRE X, CHAP. XTL 4o · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAP. XTL 4o

je m'imaginai que je triompherois facilement de sa vertu, si je la tentois par des présents caj^ables de l'ébranler; mais jejugeois mal de la chaste Béatrix. J'eus. beau lui faire proposer par des femmes mercenaires ma bourse et mes soins, elle rejeta fièrement mes propositions. Sa résistance, au lieu d'éteindre mes désirs, les irrita. J'eus recours au dernier expédient; je lui -fis offrir ma main, qu'elle accepta lorsqu'elle sut que j'étois secrétaire et trésorier de don Manrique. Comme nous trouvâmes à propos de cacher notre mariage pendant quelque temps, nous nous mariâmes secrètement en présence de la dame Lorença Séphora, gouvernante de Séraphine^ et devant quelques autres domestiques du comte de Polan. Je ti'eus pas plutôt épousé Béatrix, qu'elle me facilita les moyens de la voir le jour, et de l'entretenir la nuit dans le jardin, où je m'introduisois par une petite porte dont elle me donna une clef. Jamais deux époux it'ont été plus contents que nous l'étions l'un et l'autre. Béatrix et moi , nous atten*' dions avec une égale im|>a!tieni3e l'iieurè» du rendezvous; nous y courions avec le même eoipreissemént, et le temps que nous passions ensemble, quoiqu'il fût quelquefois assez, long, nous sembloit toujours trop court. Enfin, nous vivions plutôt en amantls qu'en époux; mais la foptone jalouse troubla bientôt notre félicité. Une nuit, qui fut aussi cruelle pour moi que lés précédentes avoient été douces, je fus^&ùi*pris^ en voulaont entrer dans le jardin, de trouver la petite pprte ouverte. Cette nouveauté m'alarma; j'en tirai un mau*vais augure; je devins pâle et tremblant, comme si j'eusse pressenti ce qui ip'alloit arriver; et, iti'avançailt

dans l'obscurité vers unf cabinet de verdure, où j'avois. accoutumé de parler à mon épouse, j 'entendis la voix d'un homme . Je m'arrêtai tout à coup pour mieux ouïr, et mon oreille fut aussitôt frappée de ces paroles : JVe fne faites dom point languir y ma^chere béatriXy achevez mon bonheur*^ songez i^ue votre fortune y est attachée. Au lieu d'avoir la patience d'écouter encore , je crus n'avoir pas besoin d'eti entendre davantage; une, fureur jalouse s'empara de mon âme, et, ne respirant que vengeance, je tirai mon épée et j'entrai brusquement dans le cabinet. Âh!. lâche suborneur! m'écriai-je, qui que tu sois, il faut que tu m'arraches la vie avant que tu.m'ôtes rh<m* neur. £n disant ces mots,^e chargeai le cavalier qui s'entretenoit avec Béatrix^ 11 se jmit promptemént en défense,: et .se battit en homme qui savoit mieux faire des arm^s que moi y qui n'Uvois, reçu que quelques leçcH^ d'e^rime à G>cdovie. dépendant, tout grand spadassin qu'il étoit , il ne put parer un coup que je lui portai, ou plutôt il fit un fauK pas; je le vis tomber; et, m'imaginant l'avoir inortelleinentiklessé, je m'enfuis à toutes jambes, satis vouloir répondre à Béatm, qui m'appeloit à haute voix.

Oui vraiment, interrompit la femme de Scipion «n nous adressant la parole , je l'app^lois pour le , tîi?er d'errevu:. Le cavalier avec qui je m'etitreteiiats dans le cabinet était don Fernand deXeyva. Ce scâgneur, qui aimpit Juhe ma maîtresse, avoît formé la: résolution de l'enlever, croy<jint ne pouvoir robtttiirqueparoexiioTen; et j^ lui avbi$ moi-même donné rendez^vous dans le jardin pour concerter avec lui cet enlèvement, dont il m'ais^uroit que dépendoit ma fortune ; mats j'eus beau

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