‹ Œuvres de Le SageChapitre 229 sur 321 · LIVRE XI, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE XI, CHAP. I

marraine la marquise, fut nommé Alphonse; et madame la |[ouvernante y voulant qi»ç j'eusse Phonneur d'être doublement son cQmpère , tint avec moi la filU de Scipion, à laquelle nous donnâmes le nom de Sera* phine.

Ija naissance de mon 61s ne réjouit pas seulemient les personnes du château, les habitants de Lirias la célébrèrent aussi par des fêtes qui fîrent connoitre que tout le hameau prenoit part au plaisir de* son seignem*. Mais hélas! nos réjouissances ne furent pas de longue durée, ou , pour mieux dire , elles se convertirent tout à coup en gémissentents, en plaintes, en lamentations, par un événement que plus de vingt années n'oet pu me faire oublier, et qiû sera toujours présent à ma pensée. Mon fils mourut; et sa 'mère, qi^oiqu'elle fût heureusement accouchée de lui, le suivit de près; une fièvrf violéntje emporta ma chère épouse après quatorze mois dé mariage. Que le lecteur conçoive^ s'il est possible, la douleur dont je fus saisi ! je tombai dans un accable* ment stupide; à force de sentir la perte que je faisois, j'y paroissois comme insensible. Je fus cinq ou six jours danscetétat; je nevoulois prendre aucune nourriture; et je crois que sans Scipiosi je me serois laissé mourir de faim, ou que la tête m'auroit tourné : mais cet adroit secrétaire sut tromper ma douleur en s'y conformant : il trouvoit le secret de me faire OîValer des bouillons en me les présentant d'un air si mortifié, qu'il ^emhloit me les donner moins pour conserva ma vie que pour nourrir mon affliction.

Cet affectionné serviteur écrivit à don Alphonse , pour l'informer du malheur qui m'était arrivé et de la

situation pitoyable où je me trouvois. Ce seigneur tebdre et compatissant , cet ami généreux se rendit bientôt à Lirias. Je ne puis sans m'attendrîr rappeler le moment oïl il s'offrit à mes yeux. Mon cher Santillane , me ditil en m'émbrasssant , je ne viens point ici pour vous consoler; j'y viens pleurer avec vous Antonia , comme vous pleureriez avec moi Séraphine , si la Parque me l'eût ravie. Effectivement il répandit des larmes, et confondit ses soupirs avec les miens. Tout accablé que j'étois de ma tristesse , je ne laissois pas de ressentir vivement les bontés de ce seigneur.

Don Alphonse eut avec Scipion un long entretien sur ce qu'il y avoit à faire pour vaincre ma douleur. Ils jugèrent qu'il falloit pour quelque temps m'éloigner de Lirias , où tout me reli-açoit sans cesse l'image d' Antonia. Sur quoi le fils de doti César me proposa de m'emmener à Valence , et mon secrétaire appuya si bien la proposition , que je l'acceptai. Je laissai Scipion et sa femme au <;hâteau , dont le séjour véritablement ne servoit qu'à irriter mes ennuis , et je partis avec le gouverneur. Lorsque je fus à Valence, don César et sa belle -fille n'épargnèrent rien pour faire diversion à mon chagrin; ils mirent tour à tour en usage les amusements les plus propres à me dissiper ; mais , malgré tousleùi's soins j je demeurai plongé dans une mélancolie dont ils ne purent me tirer. Il ne tenoit pas non plus à Scipion que je ne reprisse ma tranquillité : il venoit souvent de Lirias à Valence pour savoir de mes nouvelles ; il s'en retournoit d'autant plus triste ou d'autant plus gai qu'il me voyoit plus ou moins de disposition à me consoler. Je ne faisois pas en lui cette

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