‹ Œuvres de Le SageChapitre 55 sur 321 · LIVRE VII, CHAP. XIII. loi · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAP. XIII. loi

avec top style naturel. AlleZy poursuivit-il en m'appliquant ces paroles de Tarchevéque de Grenade, allez trouver mon trésorier; qu'il vous compte cent ducats , et que le ciel vous conduise avec cette sotnme. A dieu y monsieur Gil Bios; je vous souhaite un peu plus de goût. Je renouvelai mes ris à cette saillie; et Fabrice, me pardonnant d'avoir parlé avec irrévérence de ses écrits, ne perdit riey de sa belle humeur. Nous achevâmes de boire notre seconde bouteille; après quoi nous nous levâmes de table tous deux assez bien conditionnés. Nous sortîmes dans le dessein de nous aller promener au Prado; mais, en passant devant la porte d'un marchand de liqueurs, il nous prit fantaisie d'entrer chez lui.

Il y a voit ordinairement bonne compagnie dans cet endroit-là. Je vis dans deux salles séparées des cavaliers qui s^amusoient difTéremment. Dans Tune on jouoit à la prime et aux échecs, et dans l'autre dix à douze per-> sonnes étoient fort attentives à écouter deux beaux esprits de profession qui disputoient. Nous n'eûmes pas besoin de nous approcher d'eux pour entendre qu'une proposition de métaphysique faisoit le sujet de leur dispute; car ils parloient avec tant de chaleur et d'emportement, qu'ils avoient l'air de deux possédés. Je m'imagine que si on leur eût mis sous le nez l'anneau d'Éléazar ', on auroit vu sortir des démons par leurs narines. £h! bon Dieu! dis- je à mon compagnon quelle

* Éléazar étoit un fameux magicien qui exorcisoit les démons en attachant au nez du possédé un certain anneau mystique dont le démon n'aToit pas plus \6t senti la puissance , qu'il abandonnoit le patient. Un jour qu^ildéployoit toute sa science deyant Tempereur Ves^

vivacité! quels poumons! Ces disputeurs ëtoient nés pour être des crieurs publics. La plupart des hommes sont déplacés. Oui vraiment, répondit-il : ces gens- ci sont apparemment de la race de Novius, ce banquier romain dont la voix s'élevoit au-dessus du bruit des charretiers '. Mais, ajouta-t41, ce qui me dégoûteroit le plus de leurs discours, c'est qu'on en a les oreilles infructueusement étourdies. Nous nous éloignâmes de ces métaphysiciens bruyants , et par là je fis avorter une migraine qui commençoit à me prendre. Nous allâmes nous placer dans un coin de l'autre salle, d'où, en buvant des liqueurs rafraîchissantes , nous nous mîmes à examiner les cavaliers qui entroïent et ceux qui sortoient. Nunez les connoissoit presque tous. Vive Dieu! s'écria-t-il, la dispute de nos philosophes ne finira pas sitôt; voici des troupes fraîches qui arrivent. Ces trois hommes qui entrent vont se mettre de la partie. Mais vois-tu ces deux originaux qui sortent? Ce petit personnage basané, sec, et dont les cheveux plats et longs lui descendent par égale portion par-devant et par-

pasien , il ordonna au démon de renverser , en s'échappant » une grande cruche pleine d'eau qui se trouToit là : ce ^ue le démon exécuta tout de suite au grand étonnement des spectateurs. ( Note de M. Smollett, )

' No vins , dcTenu opulent à force d'usures , avoit été esclave. Horace Ta rendu célèbre. Il lui reproche qu*il n'avoit que son organe de Stentor :

n peut vaincre > dit-on , par sa terrible voix

Le bruit de deux cents chars , celui de trois couvoi»;

Les trompettes , les cors fout moins de tintamarre :

Voilà , certe , un talent , un mérite bien rare ,

Et tout orieur public doit en être jaloux , etc.

Horace, Sat. t, Liv. i.

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