LIVRE VIII, CHAP. V. i5i
jamais se servir du terme de seigneurie. Il m'accabloit de civilités, surtout lorsqu'il jugeoit que notre patron pouToit le remarquer. Mais je vous assure qu'il n'avoït pas affaire à un sot. Je répondis à ses honnêtetés d'autant piiiis poliment , que j'avois plus de haine pour lui : un vieux coui^isan ne s'en-seroit pas mieux acquitté que moi.
3'accompagnois aussi le duc mon seigneur lorsqu'il alloit chez 4e roi, et il y alloit ordinairement trois fois le jour. ïl entroit le matin dans ta chambre de sa majesté lorsqu'elle étoR éveillée. Il se mettoit à genoux au chevet de son lit , l'entretenoit des choses qu'elle avoit à faire dans la journée, et lui dictoit celles qu'elle avoit à dire. Ensuite il se retiroit. Il y retoumoit atissitôt qu'elle avoit dîné, non pour lui parler d'affaires, il ne lui tenoit aibrs que dès discours réjouissants. Il là régaloit de toutes les aventures plaisantes qqi arrivoient Sans Madrid, «t dont il étoit toujours le premier instruit par des personnes pensionnées pour cet effet. Et enfin ; le soir, 41 revoyoit le roi pour la troisième fois , hii renàoit compte, comme il lui plaisoit, de ce qu'il avoit fait ce jour-là, -et lui «demandoit par manière d'acquit ses ordres pour le ' lendemain. TandifS qu'H étoit avec le' roi , je me tenois dans l'antichambre , où je voyois des personnes de qualités, dévoïïées à la •faveur , recherclier ma conversation , et s'appla«dir de ce i^e je. roulois bien me prêter à la leur. Commen| auinois^je pu, après cela,- ne me pas croire «m homme de conséquence ? Il y a bien des cens à la <?our qui ont, encore pour moins, cette opinion-tà d'eux.
Un jour j'eus un plus grand -sujet de vanité. Hje roi ,
iSa Glh BLAS.
à qui Le ducavoit parlé fort avantageusement de mon style, fut curieux d'en voir un échantillon. Son excellence me fit prendre le registre de Catalogne, me mena devant ce monarque , et me dit de lire le premier méraQire que j'avois rédigé. Si la présence du prince me troubla d'abord, celle dû ministre me rassura bientôt, «t je fis la lecture de mon ouvrage que sa majesté n'entendit pas sans plaisir. Elle eut la bonté de témoigner qu'elle étoit contente de moi , et de recommander même à son ministre d'avoir sein de ma fortune. Cela ne diminua rien de l'orgueil que j'avoi& déjà; et l'entretieii que j'eus peu de jours àprès^ avec le comte de Lemes,. acheva de me remplir la tête d'ambitieuses idées.
- J'allai trouver ce seigneur de la part de son oncle chez le prince d'Espagne, H j^ lui présentai une lettre de créance, par laquelle le duc lui mandoit qu'il pou* voit s^ouvrir à moi comme à un homme qui avoit une entière connoissance de leur dessein, et qui étoit choisi pour, être leur mesiager compun. Api'ès avoir lu ce hillet, le comte me conduisit dans une chambre ou nous nous enfermâmes tous deux , et là ce jeune sÂgneur me tint ce discours :. Puisque vous avez la confiance du duc de I^rme, je %ie doute pas que vous ne la méritiez, et je ne dois faiire aucune difficulté de vous donner la mienne. Vous saurez donc quelles choses vont le nyieux du monde. Le prince d'Espagne me distingue |le tous les seigneurs qui sont attachés à sa personne, et qui s'étudient à luîiplaire. J'ai eu ce matin ixnc conversation particulière. avec *lui, dans laquelle il m'a paru chagrin de se^o^r, par l'avarice du roi, hors d'état de suivre les mouvements de son «eur généreux, et.