‹ Œuvres de Le SageChapitre 85 sur 321 · LIVRE VIII, CHAP. V. l · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CHAP. V. l

même de faire une dépense convenable à un prince. Sur cela je n'aâ pas manqué de le plaindre; et, profitant de ce rooment-là, j'ai^prond^l de lui porter demain à son lever^mille pilles, en ^tttendant de plus grosses sommes que je me suis fait fort de lui fournir incessamment. Il a été charmé de ma promesse; et je. suis bien sûr de captiver sa bienveillance, si je lui tiens parole. Allez dire, ajôuta*t4t, toutes ces circonstances à mon oncle, et revenez m'apprendre ce soir ce qu'il pense là-dessus. Je quittai le comte de Lemos dès qu'il m'eut parlé de cette sorte, et je rejoignis le duc de Lerme, qui,sur mcm rapport, eiwoya demander à Calderone mille pisloles, dont on me chargea le soir , et que j'allai remettre au comte, en disant en moi-même : Ho ho , je vois bien à présent quel est rinfaillible moyen qu'a le ministre pour réussir dans son entreprise! Il a parbleu raison; et, selpn toutes les apparences, ces 'prodigalités ne le ruineront point. Je devine aisément «dans quels coffres. il prend ces belles pistolés;.mais après tout, n'est-t-il pas juste que ce soit le père qui entretienne le fils? Le comte de Lemos, lorsque je me séparai de lui, me dit tout bas : Adieu , notre cher confident ! Le prince d'Espagne aime un peu les dames; il faudra que nous ayons vous et moi a« premier jour une conférence làdessus; jje prévois que j'aurai bientôt besoin de vôtre ministère. Je m'en retournai en rêvaot à ces mots qui n'étoient nullement ambigus, et qui me remplissoient de joie. Comment diable! disois-je, me voilà prêt à devenir le Mercui^ de l'héritier d^ lamonavchie! Je n'examinois point si cela étoit*bon ou- mauvais; la qualité du gsiiant étourdissoit ma morale. Quelle gloire pour moi

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d'être ministre des piaisirsd'im^und prince] Oh\ tout beau, iHonsiem- GA Bias, me dira-t-on : il ne s'agissoit pour vous <|ue d'être ministre en second. J'en demeure d'aooord ; mais dam le fond ces *deux postes font autant d'honneur l'un que l'autre, le profit seul en est diffénent.

En m'acquittant de ces nobles commissions, en me mettant de jour en jour plue avant d«ns les boilnes grâces du premier ministre , avec les plus belles èspé* ranoes du monde, que j'eusse été heureux si l'ambition m'eût préservé <le la faim ! Il y avoit plus de deux mois que je m'étois 'défait de mon raaj^fique appartement, et que j'occupois une petite chambre garnie des plus modestes. Quoique cela me fit de la peinç , comme j'en sortois de bon matin et que je n'y tentrois que la nuit pour y coudher,, je prenois patience. J'étois toute la journée sur mon théâtre, c'est-à-dire chez le duc. J'y jouois un rôle de seigneur. Mais quand j'étois retiré dans mon taudis, lé seigneur s'évanoutssoit, et il ne restoit que le pauvre Gtl Blas, sans argent, et qui pis est, sans avoir de quoi en faire. Outre que j'étois trop fier pottr découvrir à quelqu'im mes besoins, je ne connoissois personne qui put m'akler que don Navarro, que }'avois trop négligé depuis que j'étois à la cour, pour oser m'adresser à lui. J'avo»s été obligé de vendre mes bardes pièce à pièce. Je n'avois plus que celles dont jie ne pouvois ahsc^iunoit me passer» Je n'alloîs plus à l'auberge; faute id'avoir de quoi payer mon ordinaire. Que faisois-)e dionc pomr subsister ? Je vais vous le dire. Tous les matins, <kns nos bureaux, on nous apportât pour déjeunw un petit pain et un iloigt de vin ;

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