M-^ ORONTE, LISETTE
M, ORONTE a Lahr anche.
Mais qui efl ce jeune homme qui s'avance? ne ferait-ce point Damis ?
LABRANCHE a M. Oronte.
C'efl lui-même. {A madame Oronte.) Qu'en dites-vous, madame ? n'a-t-il pas un air qui prévient en fa faveur?
M""* ORONTE a Lahranche.
Il n'eft pas mal fait, vraiment.
CRISPIN appelant.
Labranche ?
LABRANCHE Cl Crifpin.
Monfieur.
CRISPIN
Efl-ce là monfieur Oronte, mon illuflre beau-père ?
LABRANCHE
Oui, vous le voyez en propre original.
126 CRISPIN
M. ORONTE a Cri/pin.
Soyez le bien venu, mon gendre, embraflezmoi.
CRISPIN embraffant M. Oronte.
Ma joie eft extrême de pouvoir vous témoigner l'extrême joie que j'ai de vous embrafler. {Montrant madame Oronte.) Voilà fans doute l'aimable enfant qui m'eft deftinée ?
M. ORONTE
Non, mon gendre, c'efl ma femme ; voici ma fille Angélique.
CRISPIN
Malepefle la jolie famille! {regardant Angélique) je ferois volontiers ma femme de l'une, {regardant madame Orojtte) & ma maîtrefle de l'autre.
M'"= ORONTE a Cri/pin.
Cela eft trop galant. {A Lifette.) Il paroît avoir de l'efprit.
LISETTE
CRISPIN a madame Oronte.
Quel air ! quelle grâce ! quelle noble fierté ! ventrebleu ! Madame, vous êtes toute adorable. Mon père me le difoit bien : tu verras madame Oronte, c'eft la beauté la plus piquante.
M""' ORONTE
Fi donc.
CRISPIN à part.
La plus défag [haut.) Je voudrois, dit-il,
qu'elle fût veuve, je l'aurois bientôt époufée.
M. ORONTE Haut.
Je lui fuis, parbleu, bien obligé.
M""^ ORONTE a Crifpin.
Je l'ellime infiniment, monfieur votre père, que je fuis fâchée qu'il n'ait pu venir avec
Qu'il ell mortifié de ne pouvoir être de la noce ! il fe promettoit bien de danfer la bourée avec madame Oronte.
LABRANCHE a M. Oronte.
Il vous prie d'achever promptement ce mariage : car il a une furieufe impatience d'avoir fa bru auprès de lui.
M. ORONTE a Labranche.
Hé ! mais toutes les conditions font arrêtées entre nous, & fignées ; il ne refle plus qu'à terminer la chofe & compter la dot.
CRISPIN a M. Oronte.
Compter la dot ; oui, c'efl fort bien dit, Labranche! permettez que je donne une com-
I2S CRISPIxN
miffion à mon valet. {A part, a Labranche.) Vas chez le marquis. {Bas.) Vas-t-en arrêter des chevaux pour cette nuit, tu m'entends. [Hatit.) Et tu lui diras que je lui baife les mains.
LABRANCHE for tant.
J'y vole.