‹ Œuvres de Le Sage; avec notice et notesChapitre 58 sur 151 · DAMIS · texte numérisé non relu

DAMIS

LABRANCHE a Valere.

Ah ! Monfieur, je fuis au fait. Dans le tems que mon maître vous a écrit cette lettre, il avoit effeétivement ébauché un mariage ; mais monfieur Orgon, au lieu d'approuver l'ébauche, a donné une grofle fomme au père de la fille, & a, par ce moyen, aflbupi la chofe.

VALÈRE

Damis n'eft donc point marié ?

LABRANCHE

Bon!

CRISriN, Eh ! non.

VALERE

Ah ! mes enfans, j'implore votre fecours. Quelle entreprife as-tu formée, Crifpin? Tu n'as pas voulu tantôt m'en inflruire. Ne me laiffe pas plus long-tems dans l'incertitude. Pourquoi ce déguifement ? Que prétends-tu faire en ma faveur?

CRISPIN

Votre rival n'efl point encore à Paris ; il n'y fera que dans deux jours : je veux, avant ce tems-là, dégoûter monfieur &, madame Oronte de fon alliance.

YALÈRE. De quelle manière ?

CRISFIX.

En paiTant pour Damis. J'ai déjà fait beaucoup d'extravagances, je tiens des difcours infenfés, je fais des actions ridicules qui révoltent à tout moment contre moi le père & la mère d'Angélique. Vous connoiffez le caraélère de madame Oronte, elle aime les louanges ; je lui dis des duretés qu'un petit maître n'oferoit dire à une femme de robe.

VALÈRE

Hé bien ?

CRISPIN

Plé bien ! je ferai & dirai tant de fottifes, ■qu'avant la fin du jour, je prétends qu'ils m.e

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chaffent, & qu'ils prennent la réfolution de vous donner Angélique.

VALÈRE

Et Lifette entre-t-elle dans ce flratagème ?

CRISPIN

Oui, monfieur; elle agit de concert avec nous.

VALÈRE

Ah ! Crifpin, que ne te dois-je pas ?

CRISPIN

Demandez, par plaifir, à ce garçon-là, fi je joue bien mon rôle.

LABRANCHE

Ah ! monfieur, que vous avez là un domeftique adroit ! c'eft le plus grand fourbe de Paris, il m'arrache cet éloge. Je ne le féconde pas mal, à la vérité ; & fi notre entreprife réuffit, vous ne m'aurez pas moins d'obligation qu'à lui.

VALÈRE

Vous pouvez tous deux compter fur ma reconnoiffance, je vous le promets.

CRISPIN

Eh monfieur, laiffez-là les promeffes ; fongez que fi l'on vous voyoit avec nous, tout feroit perdu. Retirez-vous, & ne paroiffez point ici d'aujourd'hui.

VALÈRE

Je me retire donc. Adieu, mes amis ; je me repofe iur vos foins.

LABRAXCHE.

Ayez l'efprit tranquille, monfieur; éloignezvous vite, abandonnez-nous votre fortune.

VALÈRE

Souvenez-vous que mon fort...

CRISPIN

Que de difcours !

VALÈRE

Dépend de vous.

CRISPIN le repoiiffant.

Allez-vous-en, vous dis-je.

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