M. TROUSSE-GALANT, ÉRASTE, CRISPIN
CRISPIN à M. Trouffe-Galant.
Je vous dirai, monfieur, fans me vanter, que je fuis autant efbimé dans nos troupes, que redouté chez les ennemis.
M. TROUSSE-GALANT a Cri/pin.
J'en fuis bien aife, & je vous en félicite.
CRISPIN
Quand il y a quelque coup hardi à tenter, on en honore mon audace. Demandez-le plutôt à mon major.
ÉRASTE à M. Trouffe-Galant.
Cela eft vrai.
M. TROUSSE-GALANT
Je veux le croire.
CRISPIN
J"ai donc de la gloire de refte & de la réputation tant qu'il vous plaira ; mais vous favez que le corps n'eft pas de fer.
M. TROUSSE-GALANT
Je vous en réponds.
Je rapporte d'Allemagne un afthme que j'ai gagné en pourfuivant les ennemis.
M. TROUSSE-GALANT
La caufe de votre mal efl glorieufe.
CRISPIN
Voici de quelle manière cet accident m'eft arrivé. Je rencontre un parti ennemi, je l'attaque ; il réfille : je redouble mes efforts ; il plie, & prend enfin la fuite. Je le pourfuis ; mais tout-à-coup je me fens obligé de m'arrêter. L'haleine me manque. Je bats des flancs. On dit que j'avois les avives. C'étoit un allhme, comme en effet je fuis afthmatique depuis ce tems-là.
M. TROUSSE-GALANT bas, Cl part.
Il vient me confulter pour fe divertir; mais je veux me moquer de lui à mon tour. {Hatif.) Vous fouhaitez un remède qui vous foulage ?
CRISPIN
Bien entendu.
M. TROUSSE-GALANT
J'en ai d'infaillibles que je pourrois vous enfeigner ; mais je me fais un fcrupule de vous guérir.
CRISPIN
D'où vient ?
M. TROUSSE-GALANT
Je vous confeille de garder votre afthme pour foUiciter une penfion.
Je fuivrai votre confeil.