‹ Œuvres de Leconte de Lisle (volume 2)Chapitre 11 sur 46 · EPIPHANIE · texte numérisé non relu

EPIPHANIE

Purs d'ombre et de désir, n'ayant rien espéré Du monde périssable où rien d'ailé ne reste, Jamais ils n'ont souri, jamais ils n'ont pleuré. Ces yeux calmes ouverts sur l'horizon céleste.

Et le Gardien pensif du mj'stique oranger Des balcons de l'Aurore éternelle se penche, Et regarde passer ce fantôme léger Dans les plis de sa robe immortellement blanche.

L'Incantation du Loup

J-(E s lourds rameaux neigeux du mélèze et de l'aune. Un grand silence. Un ciel étincelant d'hiver. Le Roi du Hartz, assis sur ses jarrets de fer, Regarde resplendir la lune large et jaune.

Les gorges, les vallons, les forêts et les rocs Dorment inertement sous leur blême suaire, Et la face terrestre est comme un ossuaire Immense, cave ou plat, ou bossue par blocs.

Tandis qu'éblouissant les horizons funèbres, La lune, œil d'or glacé, luit dans le morne azur, L'angoisse du vieux Loup étreint son cœur obscur. Un âpre frisson court le long de ses vertèbres.

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Sa louve blanche, aux yeux flambants, et les petits Qu'elle abritait, la nuit, des poils chauds de son ventre, Gisent, morts, égorgéspar l'homme, au fond de l'antre. Ceux, de tous les vivants, qu'il aimait, sont partis.

Il est seul désormais sur la neige livide. La faim, la soif, l'affût patient dans les bois, Le doux agneau qui bêle ou le cerf aux abois, Que lui fait tout cela, puisque le monde est vide?

Lui, le chef du haut Hartz, tous l'ont trahi, le Nain Et le Géant, le Bouc, l'Orfraie et la Sorcière, Accroupis près du feu de tourbe et de bruyère Où l'eau sinistre bout dans le chaudron d'airain.

Sa langue fume et pend de la gueule profonde. Sans lécher le sang noir qui s'égoutte du flanc. Il érige sa tête aiguë en grommelant, Et la haine, dans ses entrailles, brûle et gronde.

L'Homme, le massacreur antique des aïeux, De ses enfants et de la royale femelle Qui leur versait le lait ardent de sa mamelle, Hante immuablement son rêve furieux.

Une braise rougit sa prunelle énergique; Et, redressant ses poils roides comme des clous, Il évoque, en hurlant, l'âme des anciens loups Qui dorment dans la lune éclatante et magique.

Le Parfum impérissable

V^UAND la fleur du soleil, la rose de Lahor, De son âme odorante a rempli goutte à goutte La fiole d'argile ou de cristal ou d'or, Sur le sable qui brûle on peut l'épandre toute.

Les fleuves et la mer inonderaient en vain Ce sanctuaire étroit qui la tint enfermée : Il garde en se brisant son arôme divin, Et sa poussière heureuse en reste parfumée.

Puisque par la blessure ouverte de mon cœur Tu t'écoules de même, ô céleste liqueur. Inexprimable amour, qui m'enflammais pour elle l

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