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LE LEVRIER DE MAGNUS. II

L'arc vertébral tendu, nœuds par nœuds étage, Il a posé sa tête aiguë entre ses pattes, Tel qu'un magicien l'eût en pierre changé.

L'ardeur du vaste feu brûle les dalles plates.

Mais il n'en ressent rien, et, quoiqu'il soit tout noir,

Il se revêt parfois de lueurs écarlates.

Au dehors, une nuit funèbre. On entend choir La pierre des nierions, et tressauter la herse, Et la tuile des toits dévaler et pleuvoir.

Par masses, et tantôt par furieuse averse, Sans relâche et sans fin, lugubre effondrement, La neige croule, pleut, tournoie et se disperse.

D'un suaire rigide elle étreint rudement

Le sol, les rocs, les bois, et le fleuve qui râle

Sous les glaçons qu'il rompt de moment en moment.

Et le vent fait courir sa plainte sépulcrale Des caveaux du donjon à son faite ébranlé. Embouchant l'escalier qui se tord en spirale.

D'un rauque hurlement de cris aigus mêlé Il emplit la crevasse ouverte à la muraille. Et fouette le battant sur le gond descellé.

Il secoue aux piliers les grappes de ferraille.

Ou, parfois, accroupi dans les angles profonds.

Il pousse un rire amer comme un démon qui raille.

Le duc Magnus n'entend ni les cris ni les bonds

Du vent qui s'évertue à travers les décombres

Et culbute en courant les hiboux aux yeux ronds.

Le rude seigneur songe à des choses plus sombres:

Ses vieilles actions le hantent chaque nuit

De plus vivants sanglots et de plus mornes ombres.

Tandis qu'il va le long du mur rugueux qui luit,

AssaiUi par le flux de son passé tenace,

L'œil mi-clos du Chien noir l'espionne et le suit.

Dès qu'il tourne le dos, cet œil plein de menace

Avec avidité darde un éclair haineux

Qui s'éteint brusquement quand le maître repasse.

Puis, le Chien souffle et fait vibrer ses reins noueux. Et les trois- Sarrasins, roides, comme en extase, Sont là debout. Qui sait si la vie est en eux?

Un immuable rire aux dents, la tête rase, Ils rêvent, flagellés par les rouges reflets De l'âtre crépitant où la souche s'embrase.

Sur la grêle cheville et les bras violets

Qui pendent aux deux bords de leur veste grossière,

Étincelle l'argent de triples bracelets.

Ils gardent fixement ouverte la paupière,

Où luisent deux trous blancs sous le front ténébreux.

On dirait un seul homme en trois spectres de pierre.

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