‹ Œuvres de Leconte de Lisle (volume 2)Chapitre 21 sur 46 · LE LÉVRIER DE MAGXUS · texte numérisé non relu

LE LÉVRIER DE MAGXUS

Il pousse aveuglément sa course vagabonde. Sans vergogne, sans peur de plus rudes combats. Si Dieu ne l'aide point, que Satan le seconde 1

Qu'il jouisse de tout ce qu'on rêve ici-bas, Richesse en plein soleil et volupté dans l'ombre, Et que Mahom l'accueille en ses joyeux sabbats 1

Il est brave, il est jeune et fort. Q.ui sait le nombre De ses jours triomphants? Son désir satisfait, Il se repentira quand viendra l'âge sombre.

N'est-il plus clerc rapace ou vil moine, en effet, Q.ui, pour quelques sous d'or, ne puisse, sans scandale, Absoudre du péché non moins que du forfait?

Il vouera, s'il le faut, sa terre féodale

Au Saint-Siège, et le noir donjon vermiculé

Où les os dos aïeux blanchissent sous la dalle.

Une châsse d'argent massif et constellé D'émeraudes, avec dix chandeliers d'or vierge, Le rendront net et tel qu'un Ange immaculé.

Par Dieu ! maint Empereur, que l'eau bénite asperge, A fait pis, et mourut en paix, qui, sur l'autel, Le nimbe aux tempes, siège à la lueur du cierge.

Qu'il soit ou non vendu, le Mot sacramentel Suffit, lie et délie; et l'unique blasphème Est de nier qu'un mot lave un péché mortel.

POÈMES TRAGIQ.UES.

Donc, très tard, dans cent ans, sonne l'heure suprême I

Il aura fait sur terre un premier paradis ;

Puis il trépassera, le front oint du Saint-Chrême.

D'ailleurs, combien d'élus qui se pensaient maudits? En avant ! En avant ! Haut l'épée et la lance ! Foin du Diable ! Après tout, le monde est aux hardis.

H va. Le bon cheval, encor plein de vaillance. Sous l'homme qu'un réseau de fer vêt tout entier, Enfonce au sol mouvant qui flamboie en silence.

Pas à pas, et sans halte, il creuse son sentier Et hume, en secouant le chanfrein et la bride, La fontaine qui filtre à l'ombre du dattier.

En un pli du désert qu'aucun souffle ne ride.

Elle attire de loin les bêtes dont le flair

Sent germer sa fraîcheur dans la plaine torride.

Sous l'implacable ciel qui brûle, où manque l'air,

Cavaher défaillant, pèlerin qui halète

Se reprennent à vivre en buvant ce flot clair.

Aussi, sans que l'aiguë et massive molette

Le morde aux flancs, le bon cheval hennit vers l'eau

Où le datuer rugueux se penche et se reflète.

L'ardeur de son désir lui gonfle le naseau

Et fait neiger, au bord de la barde imbriquée.

Les flocons de sueur qui moussent sur sa peau.

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