‹ Œuvres de Leconte de Lisle (volume 2)Chapitre 24 sur 46 · LE LÉVRIER DE MAGKUS. I · texte numérisé non relu

LE LÉVRIER DE MAGKUS. I

Arabes du Hedjaz aux longs yeux de gazelles, juives aux cheveux noirs, Persanes aux seins, bruns. Et négresses d'Egypte aux ardentes orunelles.

Les Chefs Croisés sont tous ou partis ou défunts; Le grand Salah-Ed-Din est couché, roide et grave, Dans sa tombe royale, au milieu des parfums.

Donc, Magnus n'a plus rien qu'il craigne, ou qu'il ne brave; Ce qu'il condamne meurt, ce qu'il veut est à lui: L'éruption de ses désirs n'a plus d'entrave.

L'œil du Diable évoqué dans l'ombre n'a pas lui ;

Il n'a point fait de pacte et dévoué son âme

Pour l'empire et pour l'or qu'il possède aujourd'hui.

Qjuand la lointaine mort viendra trancher la trame Des instants orgueilleux de sa félicité. Il ne redoute pas que Satan le réclame.

N'a-t-il pas, en lieu sûr, pour le cas précité, Son lourd butin, la part du lion, qu'il amasse Pour être la rançon de son éternité?

Aussi bien, le Malin, qui ricane et grimace, N'émousse, certes, ni n'allège, jusqu'ici. Le fil de son épée ou le poids de sa masse.

Jésus, s'il règne aux cieux, ne prend guère en merci Ses ouailles qu'il livre à qui les tond et mange ; Donc, pourquoi lui, Magnus, en prendrait-il souci?

t-OÈMES TRAGIQUES.

Qu'on les garde un peu mieux, ou qu'en somme onlesvei Ainsi, de jour en jour, au cœur de l'Apostat L'oubli des vains remords amoncelle sa fange.

Or, le Diable l'entraine au suprême attentat.

C'est un ancien moutier de Nonnes, qu'en l'Année Mil et cent le royal Godefroy dédia A la Mère de Dieu, d'étoiles couronnée.

Sur cet âpre coteau du Carmel, où pria, Jadis, Élie, au temps des terribles m erveilles. Le char miraculeux du Voyant flamboya.

Le moutier dresse là ses murailles, pareilles A de blanches parois de tombe, d'où le choeur Des vierges chante et monte aux divines Oreilles.

Salah-Ed-Din, le grand Soudan au noble cœur, Respecta ce retrait des humbles infidèles, Et, vivant, l'abrita de son sabre vainqueur.

Mais il est mort, et nul ne s'inquiète d'elles,

Hors la Mère céleste et les Esprits de Dieu

Qui, sans doute, d'en haut, les couvrent de leurs ailes.

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Amen! Car un démon rôde autour du saint lieu. N'ayant aucun souci de la Vierge ou des Anges, Il aiguise son fer, il attise son feu.

Donc, cent Nonnes, chantant les pieuses louanges,

Vivent là, sous la règle austère du Carmel,

Aussi pures que les nouveau -nés dans leurs langes.

Loin de l'orage humain, loin du monde charnel, Coulant leurs chastes jours dont le terme est si proche. Elles ont l'avant-goût du repos éternel.

Plus jeune que ses sœurs, comme elles sans reproche, L'Abbesse Alix commande au Saint Carmel, étant Du sang de Bohémond, le prince d'Antioche.

Hier, elle a délaissé, pour le Ciel qui l'attend. Palais, richesse, orgueil de sa haute lignée, Et, très belle, l'amour, mensonge d'un instant.

L'aube du Jour sans fin dont son âme est baignée Nimbe son front tranquille, et ses pieds radieux Semblent avoir quitté notre ombre dédaignée.

Mais le courage et la fierté de ses aïeux Couvent au fond du cœur de la Recluse austère; Ils luisent par instants dans la paix de ses yeux.

Ainsi, bien au-dessus des vains bruits de la terre, Dans l'adoration, la prière et l'espoir. S'élève sur le roc le moutier solitaire.

POÊMKS TRAGIQUES.

Or, en ce temps, voici que, par un ciel fort noir Qui verse le silence à la maison sacrée, L'Abbesse Alix préside à l'office du soir.

Un vieux moine, front ras et face macérée, i

Se prosterne à l'autel et baise les pieds blancs ' 1

De la très sainte Vierge auguste et vénérée. .|

Lampes, cierges, flambeaux, jettent leurs feux tremblants Sur les murs où, d'après les mœurs orientales, Les Martyrs, sur fond d'or, s'alignent tout sanglants.

Pour l'Abbesse et ses sœurs, assises dans leurs stalles, Elles déroulent un murmure lent et doux Que le signe de Croix coupe par intervalles;

Puis toutes à la fois se courbent à genoux

Sur le pavé luisant que les lueurs bénies.

Du Sanctuaire au seuil, rayent de reflets roux.

Elles chantent en chœur les saintes litanies A la Dame du ciel debout sur le Croissant De la lune, au plus haut des voûtes infinies.

Brusquement, dans la nuit calme, un cri rugissant Éclate, et se prolonge autour du moutier sombre. Et l'écho du Carmel le roule en l'accroissant.

Les bandits du désert, qui pullulent dans l'ombre. Escaladent les murs, rompent les lourds barreaux, Bondissent dans la crypte, et leur foule l'encombre.

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