‹ Œuvres de Leconte de Lisle (volume 2)Chapitre 25 sur 46 · LF. LEVRIER DE MAGNUS. I3I · texte numérisé non relu

LF. LEVRIER DE MAGNUS. I3I

Le vieux moine égorgé saigne sur les carreaux. L'un saisit l'ostensoir, l'autre le Christ d'ivoire Et la nappe, et ceux-ci descellent les flambeaux ;

Cet autre boit le vin consacré du ciboire ; Et cent autres, avec des cris luxurieux, Emportent leur butin vivant dans la nuit noire.

Puis, en longs tourbillons qui rougissent les cieux, Desquatre coinsdu saint nioutier, d'horribles flammes Grondent, l'enveloppant d'un linceul furieux.

Pour les Nonnes, en proie aux outrages infâmes, Les unes, se lavant des souillures du corps. Ont dans ce feu sauveur purifié leurs âmes ;

D'autres, tordant leurs cous avec de vains efforts, Entre les bras de fer qui les ont enchainées, S'en vont pour un destin pire que mille morts ••

Elles vivront, traînant de sinistres années,

Oublieuses du Ciel à tout jamais perdu.

Et dans l'ardente nuit s'engloutiront damnées.

Alix ! Alix ! à qui cet honneur était dû

De monter vers ton Dieu par la voie éclatante

Du martyre, hélas ! Dieu n'a-t-il rien entendu ?

Tes cris d'horreur, ni ta prière haletante?

Non! Les cieux étaient sourds, ô vierge, à ton appel,

Et la mort glorieuse a trompé ton attente.

132 POÈMES TRAGIQ.UES.

Te voilà désormais indigne de l'autel,

Innocente et pourtant maculée, ô victime,

Fille des Preux, gardiens du Sépulcre immortel !

Mais ton coeur s'est gonflé de leur sang magnanim.e; Tu te dresses, Alix, dans l'antre où le bandit, Où le sombre Apostat a consommé son crime.

Il te contemple, admire et se tait, interdit Devant l'ardent éclair qui sort de ta prunelle; Ton geste le soufflette et ta bouche lui dit:

— O malheureux, promis à la flamme éternelle, Qu'as-tu fait ! J'étais vierge, et sans tache, et l'Amour Divin, avant la mort, m'emportait sur son aile.

Et voici que le Ciel m'est ravi sans retour! La honte im^méritée a vaincu la foi vaine : Le jour de ton forfait sera mon dernier jour.

Sois voué, misérable, à l'angoisse, à la haine,

A la luxure, à la soif de l'or et du sang,

A la peur, avant-goût de l'ardente Géhenne!

Va! traîne de longs jours encor. Vis, amassant Crime sur crime, en proie aux soudaines alarmes Des nuits, épouvanté, furieux, impuissant!

Souviens-toi que la plus amère de mes larmes Comme un funèbre anneau s'est rivée à ton doigt. Rien ne le brisera, ta force ni tes armes.

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