LE CALUMET DU S A C H E M. I
Ses guerriers dispersés errent dans les prairies, Par delà le grand Fleuve où boivent les bisons. Loin du pays natal aux riches floraisons, Comme le vent d'hiver fait des feuilles flétries, L'exil les a chassés vers tous les horizons.
Devant l'homme à peau blême et son lâche tonnerre Ils vont où le soleil tombe sanglant des cieux ; Mais le Sachem têtu, seul des siens, et très vieux. Tel que l'aigle attardé qui retourne à son aire. Est revenu mourir au berceau des aïeux.
Des confins du couchant et des espaces mornes Il a su retrouver, avec l'œil et le flair. Sans halte, par la nuit profonde ou le ciel clair, Les vestiges épars dans les plaines sans bornes Et recueillir au vol les effluves de l'air.
Sa hache et son couteau, les armes du vrai brave. Gisent sur ses genoux. Le Chef a dénoué Sa ceinture, et, dressant son torse tatoué D'ocre et de vermillon, il fume d'un air grave Sans qu'un pli de sa face austère ait remué.
Il sait qu'au lourd silence épandu des ramées Les sinistres rumeurs des nuits succéderont, Qu'à l'odeur de sa chair, bossuant leur dos rond, Vont ramper jusqu'à lui les bêtes afl^amées ; Mais le vieux Chef se rit des dents qui le mordront.
POEMES tRAGÎQ.UES.
L'ardente vision qui hante ses prunelles Lui dérobe la terre et l'emporte au delà, Dans les bois où l'esprit des Sachems s'envola Et dans la volupté des chasses éternelles. Viennent panthères, loups et couguars, le voilà!
Et l'antique forêt qui rêve, où rien ne bouge, Semble à jamais inerte, ainsi que maintenant. Sauf la molle vapeur qui va tourbillonnant Hors du long calumet de cette Idole rouge Et monte vers la paix de midi rayonnant.
Le dernier Dieu
l5iEN au delà des Jours, des Ans multipliés, Du vertige des Temps dont la fuite est sans trêve, Voici ce que j'ai vu, dans l'imm.uable rêve QjLii me hante, depuis les songes oubliés.
J'errais, seul, sur la Terre. Et la Terre était nue. L'ancien gémissement de ce qui fut vivant. Le sanglot de la mer et le râle du vent S'étaient tus à jamais sous l'immobile nue.
Par le Vide sans fin, le globe décharné, A bout de désespoir, de misère et de force, Bossuant le granit de sa rugueuse écorce, S'en allait, oublieux qu'un jour il était né.
ISO POÈMES TRAGIQUES.
Les Iles d'autrefois hérissaient de leurs cimes Le gouffre monstrueux des océans taris, Où s'étaient desséchés la fange et les débris Des siècles engloutis au fond des vieux abîmes.
Funéraire flambeau d'un sépulcre muet, Le soleil épuisé, pendu dans le ciel blême. Baignait lugubrement de sa lueur suprême L'immense solitude où rien ne remuait.
Et j'errais en esprit, Ombre qui rôde et passe, Sans regrets, sans désirs, au hasard emporté, Reste de l'éphémère et vaine humanité Dont un souffle a vanné la cendre dans l'espace.
Et je vis, au plus haut d'un mont, silencieux, Impassible, plus froid que la neige éternelle, Un Spectre qui couvait d'une inerte prunelle L'univers mort couché sous le désert des cieux.
Majestueux et beau, ce spectre, auguste image Des Rois olympiens, enfants des siècles d'or. Se dressait, tel qu'au temps où l'Homme heureux encor Saluait leurs autels d'un libre et fier hommage.
Mais l'Arc, d'où jaillissaient les désirs créateurs, Gisait parmi les blocs de neige, avec les Ailes Qui portaient vos baisers, ô blanches Immortelles, De la bouche des Dieux aux lèvres des pasteurs l