LE SECRET DE LA VIE. I
A travers tous les temps, splendides ou moroses, L'esprit, rapide éclair, en leur vol emporté. Conçoit fatalement sa propre inanité Et le néant final des êtres et des choses.
Oui I sans toi, qui n'es rien, rien n'aurait existé : Amour, crimes, vertus, les poisons ni les roses. Le rêve évanoui de tes oeuvres écloses Est l'unique raison de leur réalité.
Ne reste pas inerte au seuil des portes closes, Homme ! Sache mourir afin d'avoir été ; Et, hors du tourbillon mystérieux des choses. Cherche au fond de la tombe, en sa réalité, Le secret de la vie.
Les Inquiétudes de don Simuel
LJo's Simuel Lévi, trésorier des Castilles, Détient, tous comptes faits, dans les coffres royaux, Trois mille doubles d'or, avec quelques broutilles : Écus, chaînes, colliers et de rares joyaux.
Rien ne rentre, le coût ni la taxe régale Sur les métiers et sur les marchands, ni le prix Des charges. On dirait, par une entente égale. Que bons vouloirs autant que bourses sont taris.
Or, les Aragonais et le Comte et ses reitres Brûlent châteaux et bourgs aux confins castillans; Et, pour frais réguliers et pour achat des traîtres. Trois mille doubles d'or ne sont pas très brillants.
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La flotte, inerte, n'a vivres, chiourmes ni rames; Hidalgos ni soudards ne chaussent l'étrier ; Car cette pénurie excite aux sourdes trames Le Riche-homme non moins que l'arbalétrier.
Don Simuel Lévi, certe, est des plus honnêtes Parmi les argentiers circoncis, mais le Roi Croira malaisément qu'un Juif ait les mains nettes Qui laisse le Trésor en un tel désarroi.
Sa méfiance est grande et n'excepte personne; Apre au gain et prodigue, et de plus fort cruel. Pour qu'il juge et condamne il suffit qu'il soupçonne. L'esprit perplexe, ainsi songe Don Simuel.
QjLie résoudre? Avouer que, la Caisse étant vide, Il faut, sans nul retard, enrayer les apprêts De guerre? A coup sûr, non! Il en est tout livide, Et tremble, se disant : Qu'adviendrait-il après ?
Rançonner les couvents, traire les juiveries? Du rocher de Tharyq au roc Asturien, Malgré les oremus et les piailleries, Le Roi l'a déjà fait, et sans y laisser rien.
S'enfuir? Passer au Comte avec joyaux et doubles? Les moyens sont chanceux et les chemins ardus ; Et, d'ailleurs, en ces temps de voltes et de troubles. Les transfuges sont tous échangés ou vendus.
Don Simuel Lévi se ronge l'âme, et sue De peur. Ses biens saisis, sa maison mise à sac, Et lui sous le couteau, voilai Donc, point d'issue. Il n'a plus de recours qu'en toi, Dieu d'Isaac!
Entre temps, échappé des sanglantes tueries, L'émyr Abou-Sayd, à travers la sierra, Suivi de mulets lourds d'or et de pierreries. Vaincu, détrôné, fuit Grenade et le Hammrâ.
Si don Pedro l'accueille, et consent, et s'oblige A lui rendre ce peu de l'Empire ancien, Abou-Saj'^d sera, par un hommage lige, Le dévoué vassal de Castille et le sien.
Dix mille cavaliers des tribus Almohades Passeront le détroit à son commandement. Sobres, braves, rompus aux promptes algarades, Et serviront le Roi chrétien fidèlement.
De plus, puisque le fer et la flamme font rage Aux frontières, en foi de sa haute amitié. Que sa Grâce des biens arrachés au naufrage Comme un don de respect reçoive la moitié.
Abou-Sayd en prend à témoin le Prophète. Se fiant par surcreît au sauf-conduit royal. Il est venu, devant que la chose soit faite, Se mettre entre les mains d'un chevalier loyal.