‹ Œuvres de Leconte de Lisle (volume 2)Chapitre 44 sur 46 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Orestès

A gauche, le palais de Pélops. A droite, arbres et rochers.

Au fond de la scène, un tertre nu, et, au delà, la plaine

d'Argos. ï

Les Khoèphores, portant les coupes des libations et les *

guirlandes funéraires, sortent du palais, et se rangent

en deux demi-chœurs de chaque côté du tertre.

KALLIRHOE, ISMENA, LE Chœur des Khoèphores.

KALLIRHOE.

Femmes, sur ce tombeau cher aux peuples Hellènes,

Posons ces tristes fleurs auprès des coupes pleines. L'offrande funéraire est douce à qui n'est plus.

Elles posent les coupes et les guirlandes.

Il convient, selon l'ordre et le rite voulus, Que l'illustre Élektra, la tempe deux fois ceinte, Verse au mort bien aimé la libation sainte, Et l'appelle du fond de l'Hadès souterrain. Ainsi le veut la Femme impie, au cœur d'airain. De sombres visions brusquement l'ont hantée: On dit que de l'Époux la face ensanglantée. Quand vient la nuit divine, habite dans ses yeux, Et qu'on entend parfois des cris mystérieux Et d'horribles sanglots à travers la demeure 1

ISMÈN'A.

Puisse l'Hadès aussi l'entendre! et qu'elle meure!

KALLIRHOii,

Assurément, son âme est en proie aux remords. La mâchoire du Feu mange la chair des morts; Mais l'invincible esprit jaillit de leur poussière.

Quand le meurtre a rougi la terre nourricière. Quel fleuve, ou quelle mer, a jamais effacé La souillure du sang aux mains qui l'ont versé? Elle tremble aujourd'hui, cette louve traquée,

LES ÉRINÎilYES. 20$

De voir enfin surgir la vengeance embusquée; Car les divinateurs ont révélé ceci, Que le châtiment veille, et n'est pas loin d'ici. Ils savent le secret des songes et des charmes.

KALLIRHOÈ.

Pour nous, à qui les Dieux ont tout pris, sauf les larmes, Soumises au destin de maîtres malheureux. Laissons notre misère et gémissons sur eux.

ISMÈNA.

Va! sur la noble proie, inerte et chaude encore, La meute aux yeux ardents hurle et s'entre-dévore I Nos temples, nos foyers, nos pères d'ans chargés, Nos frères, nos époux, nos enfants sont vengés: Troie est morte! qu'Hellas meure de sa victoire!

KALLIRHOÈ.

O femmes, laissons fliire au Sort expiatoire: Gardons-nous d'ajouter à ces calamités Par le contentement de nos coeurs irrités. La bienveillance sied à l'esclave lui-même.

Nous aimons la divine Élektra qui nous aime. Innocente des maux que nous avons soufferts, Toujours ses belles mains ont allégé nos fers. La voici. Que pour elle un jour meilleur renaisse!

Les Précédentes, ÉLEKTRA.

ÉLEKTRA.

Femmes de la maison, douces à ma jeunesse, Conseillez mon cher cœur amèrement troublé. Sur ce tertre où mes pleurs ont tant de fois coulé, Où gît sans gloire, hélas! celui que je révère. Que faut-il que je dise à son Ombre sévère? Que l'Epouse m'envoie à l'Époux ? Ah ! grands Dieux! Ou faut-il que, muette et détournant les yeux, Aj'^ant versé trois fois la libation due, De ce funèbre lieu je m'enfuie éperdue? Ne m'abandonnez pas en cet ennui mortel.

KALLIRHOÈ.

Approche du tombeau comme d'un saint autel. Et prie, en répandant la coupe funéraire, L'Ombre auguste du Chef pour Orestès, ton frère.

Élektra! que mon cœur chérit pour ta bonté. Vers celui que la haine et la ruse ont dompté Hausse tes blanches mains de vierge, et le supplie.

Les erinnyeS. loj

Aftn que toute chose un jour soit accomplie. Que la justice éclate, et qu'il arrive enfin, L'enfant prédestiné, le jeune homme divin. L'irréprochable fils d'une eff'rayante mère.

KALLIRIIOÈ.

Pour tous ceux qu'il aima dans la vie éphémère. Prie, ô noble Élektra, ton père vénéré; Et les Dieux entendront ton appel éploré.

ÉLEKTRA prend une coupe et s approche du tombeau.

Hermès ! prompt Messager qui montes d'un coup d'aile De la pâle Prairie où germ.e l'asphodèle Jusques au pavé d'or des Princes de l'Aithèr, A toi d'abord, Hermès, le vin pur du Kratèr!

Elle verse la libation.

Daimones très puissants, Rois de la terre antique, Qui siégez côte à côte en son ombre mystique, Toi, Dieu terrible, et toi qui fais germer les fleurs, O Déesse ! écoutez le cri de mes douleurs : Faites que l'Atréide, errant dans l'Hadès blême. Exauce le désir de son enfant qui l'aime !

Elle verse la seconde libation.

Maintenant, ô mon père, entends aussi ma voix.

Et, du fond de la Nuit irrévocable, vois!

Je gémis, opprimée, et ton fils est esclave !

Ta demeure est aux mains d'un lâche qui te brave,

2o8 POÈMES TRAGIQUES.

Qui tient ton lit, ton sceptre, et dévore tes biens. O Vénérable, entends mes prières ! Oh ! viens, Viens ! Se glorifiant du meurtre qui la souille. Celle qui t'égorgea nous hait et nous dépouille. Chère Ombre! sois terrible à ce couple pervers, Et dresse le Vengeur promis à nos revers !

Elle verse la troisième libation. -^ Orestès sort du milieu des rochers. "

Les Précédentes, ORESTÉS.

Les Dieux accompliront tes vœux, ô noble fille! La nuée est déjà moins sombre où l'aube brille. Et la mer est moins haute, et moins rude le vent.

ÉLEKTRA.

Que nous veut l'Étranger?

Orestès est vivant.

Il approche, il est là. — Si tu l'aimes, silence! Ne crois pas qu'il recule ou que son cœur balance!

LES ERIXNYES. 209

Il vengera d'un coup son père avec sa sœur.

ELEKTRA

O parole sacrée et pleine de douceur!

Orestès est vivant ?

ORESTÈS

Femme, il vit. Je l'atteste.

ÉLEKTRA.

o Dieux, cachez-le bien à ce couple funeste ! Mais, Étranger, d'où vient que tu parles ainsi? Dis-tu vrai? Mon cœur bat^ mon œil est obscurci. Ne me trompes-tu pas? As-tu suivi sa trace? Orestès ! Lui 1 L'espoir unique de sa race ! 11 respire? O mes yeux, de larmes consumés! Que je le voie, et meure entre ses bras aimés!

ORESTÈS

Chère Élektra, c'est moi ! je suis ton frère. Écoute ! Qu'il n'y ait dans ton sein ni tremblement ni doute : Reconnais-moi, je suis ton frère ! Oui, par les Dieux .' Crois-en les pleurs de joie échappés de mes yeux, Et le cri de ton cœur. Je suis ton sang lui-même, Ton souci, ton regret, et ton espoir. Je t'aime! O Princes, qui siégez dans la hauteur du ciel, Soyez témoins ! Et toi, sépulcre, saint autel. Et toi, vieille maison des aïeux ! rochers sombres,

POÈMES TRAGIQUkS.

Feuillages qui m'avez abrité de vos ombres. Terre de la patrie, ô sol trois fois sacré, Parlez tous! Soyez tous témoins que je dis vrai, Qu'Orestès est vivant, et que je suis cet homme !

ÉLEKTRA,

Oui, c'est toi,douce tête! Oui, tout mon cœur te nomme! O rêve de mes nuits, cher désir de mes jours, Que je n'attendais plus, que j'espérais toujours! Oui, je te reconnais, ô mon unique envie! Mon âme en te voyant se reprend à la vie. Ami longtemps pleuré! Tu dis vrai, je te crois: Tous mes maux sont finis. Tu seras à la fois Mon père qui n'est plus, ma sœur des Dieux trahie, Et cette mère, hélas! de qui je suis haïe. Viens, et, me consolant de tous ceux que j'aimais, O mon frère, sois-moi fidèle pour jamais!

Rien ne brisera plus cet amour qui nous lie: due l'Hadès m'engloutisse avant que je t'oublie!

ÉLEKTRA.

Mais du fond de l'exil, ami, dis-moi, quel Dieu, Quel oracle te pousse en ce sinistre lieu ? Le sais-tu? C'est ici qu'un homme lâche et sombre Se repait de nos pleurs et de nos biens sans nombre, De l'Épouse perfide et d'un peuple opprimé!

LES ERINNYES

Aigisthe est là, prends garde ! — O frère bien aimé, Sais-tu l'enchaînement des noires Destinées, Le meurtre de ton père après les dix années, El la femme sanglante, et l'impudique amant?

ORESTÈS

J'ai vécu dans l'opprobre et l'asservissement,

Ployant mon cou rebelle au joug d'un maître rude;

Mais d'anciens souvenirs hantaient ma solitude,

Mille images : un homme aux yeux fiers, calme et grand

Comme un Dieu; puis, sans cesse, un peuple murmurant

De serviteurs joyeux empressés à me plaire;

Des femmes, un autel, la maison séculaire.

Et les jeux de l'enfance, et l'aurore, et la nuit;

Puis, dans l'ombre, un grand char qui m'emporte et s'enfuit

Et l'injure, et les coups, et le haillon servile.

L'eau de la pluie après la nourriture vile;

Et toujours ce long rêve en mon cœur indompté.

Que je sortais d'un sang fait pour la liberté I

Et j'ai grandi, j'ai su les actions célèbres:

Ilios enflammée au milieu des ténèbres,

La gloire du retour, le meurtre forcené.

Et le nom de mon père, et de qui j'étais né!

Oh ! quel torrent de joie a coulé dans mes veines I

Comme j'ai secoué mon joug, brisé mes chaînes.

Et, poussant des clameurs d'ivresse aux cieux profonds.

Vers la divine Argos précipité mes bonds 1

ÉLEKTRA.

o fils d'un héros mort, crains ta mère inhumaine 1

Pour ses enfants, hélas! elle est chaude de haine. Malgré mes pleurs, mes cris, l'étreinte de m.es bras, A peine reconnu, mon frère, tu mourras 1

ORESTÈS

Rassure ton cher cœur. Va! le Dieu qui m'envoie

Saura bien aveugler ces deux bêtes de proie.

Je l'envelopperai sûrement du filet

De la ruse, tout lâche et défiant qu'il est;

Et, si Zeus Justicier m'approuve et me seconde,

Je le tuerai comme on égorge un porc immonde !

Pour ma mère, les Dieux justes m'inspireront.

Puisque l'heure est venue, il convient d'être prompt ;

La soif du sang me brûle , et le Destin m'entraîne.

Femmes, qu'une de vous se hâte vers la Reine,

Et dise: « Un voyageur qui nous est inconnu,

« O fille de Léda, dans Argos est venu.

« 11 annonce — que Zeus fasse mentir sa bouche! —

« Qu'Orestès est couché sur la funèbre couche. »

Elle viendra joj-euse!

A Élektra.

Et toi, ma sœur, gémis; Accuse hautement les Destins ennemis; Sur le père et le fils, sur notre race éteinte, Répands toute ton âme en une ardente plainte; Lamente-toi, ma sœur! lève les bras aux Cieux! Pleure ma mort enfin, et laisse agir les Dieux.

Une des femmes rentre dans le palais. Orestès prend une coupe et s'approche du tombeau.

LES ÈRINNYES. 2t^

Père, père ! Entends-moi dans l'argile trempée De larmes. Tu n'as point, par la lance et l'épée, Rendu l'âme au milieu des hommes, ô guerrier! Comme il sied, le front haut et le cœur tout entier. Un bûcher glorieux de grands pins et d'érables N'a point brûlé ta chair et tes os vénérables; Et ta cendre héroïque, aux longs bruits de la mer. Ne dort point sous un tertre immense et noir dans l'air. Non ! Comme un bœuf inerte et lié par les cornes , Et qui saigne du mufle en roulant des yeux mornes, Le Porte-sceptre est mort lâchement égorgé I Père, console-toi: tu vas être vengé 1

// verse la libation.

KALLIRHOÈ.

La clémence est semblable à la neige des cimes :

Immortellement pure en ses blancheurs sublimes,

Elle rayonne au cœur des sages, ses élus;

Mais quand le sang la touche, il n'en disparaît plus:

La souillure grandit sans cesse, ronge, creuse.

Et la neige s'écroule en une fange affreuse. j

O jeune homme irrité, laisse aux Dieux de punir! ^-^

Non! C'est dans le passé que germe l'avenir; C'est la loi qui commande à la race perverse Qu'un sang nouveau, toujours, paye le sang qu'on verse ; L'inévitable mal revient à qui l'a fait,

Et chaque crime engendre un plus sombre forfait. Qu'importe la clémence à la Justice auguste? Venge ton père, ami ! car cela seul est juste.

ELEKTRA

Une vague terreur fait trembler mes genoux! Du fond de ce tombeau, mon père, inspire-nous!

ORESTÈS

L'Infaillible a pesé ceux-ci dans sa balance. Ce qui sera, sera. Toirt est dit.

Klytaimnestra parait sous le portique. Oresth l'aperçoit.

Ah! Silence!

Quelqu'un vi ent. Dis-moi, sœur ! cette femme qui sort Du palais, grande et blanche, et pareille à la Mort, Quelle est-elle? Quel est son nom? Toi qui m'es chère. Réponds-moi. Tout mon cœur a frémi.

ELEKTRA

C'est ta mèrel

Les Précédents, KLYTAIMXESTRA.

KLYTAIMNESTRA, à Èlclitra,

Est-ce l'homme?

LES ÉRINNYES. 215

ÉLEKTRA.

C'est lui.

KLYTAIMNESTRA

Certes, j'ai vu ces yeux Dans mes songes ! Cet homme a le front soucieux. C'est quelque mendiant vagabond, plein de honte Ou de frayeur. — Approche, Étranger. On raconte QjLie tu nous portes un bruit de mort. Est-il vrai? Je suis Klytainmestra. Parle! je t'entendrai.

ORESTÈS

Noble femme, il est dur, et sans doute peu sage, D'apporter brusquement un funèbre message, Et c'est répondre mal au bienveillant accueil Que de parler de mort sur les marches du seuil ; Mais je pense que, si la nouvelle est mauvaise, Elle est d'un intérêt trop grand pour qu'on la taise.

KLYTAIMNESTRA

Tu penses prudemment. Rassure tes esprits: Par quelque autre, plus tard, nous aurions tout appri Notre hospitalité ne t'en est pas moins due.

ORESTES

Reine, je cheminais dans la montagne ardue, En Phocide, et non loin de Daulis. Vers le soir. Près de moi, sur la route, un homme vint s'asseoir,

2l6 POÈMES TRAGIQUES.

Déjà vieux, et courbé sur un bâton d'érable. Nous causions. Il me dit: « Un Dieu m'est favorable, « Ami, puisque tu vas au pa5's Argien. « Mon nom est Strophios, de Daulis. Garde bien o Ce nom dans ton oreille, afin que l'on te croie; « Car, souvent, qui se fie en aveugle est la proie « De la ruse, et les soins tardifs sont superflus. « Va donc. Dis aux parents d'Orestès qu'il n'est plus, « Que dans l'urne d'airain sa cendre est enfermée; « Et sache de sa mère auguste et bien aimée « S'il faut que je la rende, ou la garde en ces lieux. « Ce qu'elle ordonnera sera fait pour le mieux. » Reine, ainsi m'a parlé le vieil homme. J'ignore Le reste. Mais, demain, dès la première aurore. Je retourne à Daulis. due dirai-je en ton nom? Veux-tu qu'il rende l'urne où sont les cendres?

KLYTAIMNESTRA

Non.

Tu diras qu'il la garde, et qu'il l'ensevelisse.

ÉLEKTRA.

o race misérable et vouée au supplice ! Mon frère, ma dernière espérance! Je meurs.

KLYTAIMXESTRA.

A quoi sert de pleurer? A quoi bon ces clameurs? Les cris n'éveillent point les morts.

LES ÉRINNYES. 217

ÉLEKTRA.

O chère tête 1 Les Dieux ont englouti dans la même tempête Le père plein de gloire et le fils malheureux. Tu n'es plus, frère I

KLYTAIMNESTRA

Assez tant larmoyer sur euxl Crains plutôt de gémir sur toi-même, insensée 1

ÉLEKTRA.

Sombre Exécration, sur nos fronts amassée, Est-ce ton dernier coup ?

KLYTAIMNESTRA

Non, si tu n'obéis.

ÉLEKTRA.

Vivant ou mort, toujours chassé de ton pays,

Frère, tu dormiras dans la terre éloignée :

Ta cendre de mes pleurs ne sera point baignée !

KLYTAIMNESTRA

Les ordres que je t'ai donnés, médite-les. y— '

Tu feras sagement. — Suis-moi dans le palais, Étranger. Il convient que tu parles au Maître, L'avis étant de ceux qu'on ne peut pas remettre. A Élektra et aux Khoèphores.

2l8 POÈMES TRAGIQUES.

Pour toi, pour vous aussi, femmes, sur ce tombeau Versez le vin funèbre, apaisez de nouveau Par les chants consacrés l'Ombre irritée encore, Et rendez à mes nuits le sommeil que j'implore I Elle rentre dans le palais^ suivie d'Orestès.

ÉLEKTRA, KALLIRHOÈ, ISMÈNA, Le Chœur des Khoèphores.

kallirhoè.

Cette femme n'a point reconnu son enfant I

ISMÈNA.

Sans doute il est aimé d'un Dieu qui le défend. Aussi bien, il est doux, après les nuits sans nombre, De n'entendre plus rien d'invisible dans l'ombre, En arrière, et de voir avec des yeux hardis L'aube croître et le jour tomber. Je vous le dis : Elle croit qu'il est mort, et l'embûche est certaine !

ÉLEKTRA.

Hélas! toujours l'attente, et l'angoisse, et la haine! Après la sombre veille un sombre lendemain,

Les ERiNMYËâ. 219

Et jusques au tombeau toujours l'âpre chemin ! Qu'avons-nous fait, ô Zeus, pour cette destinée ? Quel crime ai-je commis depuis que je suis née ? Et mon cher Orestès, où donc est son forfait ? Nos pères ont failli; mais nous, qu'avons-nous fait? Si pour d'autres il faut que l'innocent pâtisse. Qu'est-ce que ta puissance, ô Zeus, et ta justice?

KALLIRHOÈ.

Fille d'Agamemnôn, toi qui parles ainsi, Dans la sainte IHos qu'avions-nous fait aussi, Quand, sur les flots battus par l'aviron rapide, La fatale Héléna suivit le Priamide ?

Hélas! l'enfant, la mère, et le père et l'aïeul. Tout un peuple a payé pour le crime d'un seul I

ÉLEKTRA.

O femmes, il est vrai^ grandes sont vos misères.

ISMÈNA.

Exaucez nos désirs et nos larmes sincères : Sur le seuil qui jadis nous fut hospitalier Couvrez ces deux enfants de votre bouclier 1

ÉLEKTRA.

Ah ! puisque la Justice auguste est son partage, Rendez à l'héritier son antique héritage. Chers Dieux I

KALLIRHOÉ.

Le Maître est mort, que nous avons aimé. Dieux ! gardez-nous son fils.

ELEKTRA

Inconnu, désarmé, Il est seul contre tous 1

ISMÈXA.

Non ! Dans ce noir repaire Il entre accompagné du Spectre de son père !

ÉLEKTRA.

O Roi des hommes, viens, grande Ombre! c'est l'instant.

Précède au bon combat le jeune combattant;

Habite dans son cœur, roidis sa main virile,

Père ! et ne laisse pas la vengeance stérile

Épargner le voleur du sceptre et du foyer,

Trop impur pour que Zeus songe à le foudroyer 1

KALLIRHOÉ.

Et ta mère, enfant?

ELEKTRA

Dieux ! Eh bien ! que dis-tu d'elle ?

LES ÈRINNYES.

ISMÈNA.

Rien, sinon que l'Hadès est un gardien fidèle !

On entend des cris dans le palais. Un serviteur traverse la scène en courant.

Les Précédentes, LE SERVITEUR.

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