‹ Œuvres de Leconte de LisleChapitre 23 sur 88 · LE LAC · texte numérisé non relu

LE LAC

Ou d'entendre, parmi le fouillis des roseaux, L'hippopotame obèse aux palpitants naseaux, Q,ui se vautre et qui ronfle, et de ses pattes grasses Mêle la vase infecte à l'écume des eaux.

Loin du bord, du milieu des roches erratiques. Solitaire, dressant au ciel son large front. Quelque vieux baobab, témoin des temps antiques. Tord les muscles noueux de l'immuable tronc Et prolonge l'informe ampleur de sa ramure Qu'aucun vent furieux ne courbe ni ne rompt, Mais qu'il emplit parfois d'un vague et long murmure. Et sur le sol visqueux, hérissé de blocs lourds, Saturé d'acre arôme et d'odeurs insalubres, Sur cette mer livide et ces îles lugubres, Sans relâche et sans fin, semble planer toujours Un silence de mort fait de mille bruits sourds.

L'aigu bruissement

i-^'AiGU bruissement des ruches naturelles, Parmi les tamarins et les manguiers épais, Se mêlait, tournoyant dans l'air subtil et frais, A la vibration lente des bambous grêles Où le matin joyeux dardait l'or de ses rais.

Le vent léger du large, en longues nappes roses Dont la houle indécise avivait la couleur. Remuait les maïs et les cannes en fleur. Et caressait au vol, des vétivers aux roses. L'oiseau bleu de la Vierge et l'oiselet sifileur.

L'eau vive qui filtrait sous les mousses profondes, A l'ombre des safrans sauvages et des lys. Tintait dans les bassins d'un bleu céleste emplis, Et les ramiers chanteurs et les colombes blondes Pour y boire ployaient leurs beaux cols assouplis.

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