‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 108 sur 734 · CHAPITRE VH. U · texte numérisé non relu

CHAPITRE VH. U

peine. Je pris le parti de gagner la maisou du nié- étoil sage et prudent , et qu’il voyoit sa maîtresse deetn. Je rencontrai à la porte le vieil écuyer qui abandonnée à une folie passion, il craignit qu’il m’attendoit. Il me dit que le docteur Oloroso ve- ne nous arrivât quelque traverse. Sa crainte fut noit de se coucher , et que nous pouvions libre- bientôt justifiée : le médecin , soit qu’il se doutât

ment nous divertir. Je répondis qu’il falloit aupa- de quelque intrigue secrète , soit que le démon de

ravanl nettoyer mes habits; en même temps je lui la jalousie, qui l’avoit respecté jusqu’alors, voulut contai ma disgrâce. Il y parut sensible, et me fit l’agiter, s’avisa de blâmer nos concerts. Il lit

entrer dans une salle où étoit sa maîtresse. D’abord plus : il les défendit en maître ; et, sans dire les

que cette dame sut mon aventure, et me vit tel raisons qu’il avoitd’cn user de cette sorte, il déque j’étois, elle me plaignit autant que si les plus clara qu’il ne souffriroit pas davantage qu’on reçût grands malheurs me fussent arrives; puis, apos- chez lui des étrangers.

trophant la personne qui m’avoit accommodée de Marcos me signifia cette déclaration , qui me cette manière, elle lui donna mille malédictions, regardoil particulièrement, et dont je fus très- Eh ï madame ! lui dit Marcos , modérez vos trans- mortifié. J’avois conçu des espérances que j’étois ports ; considérez que cet événement est un pur ; fâché de perdre. Néanmoins , pour rapporter les effet du hasard ; il n’en faut point avoir un ressen- choses en fidèle historien , je vous avouerai que je timent si vif. Pourquoi , s’écria-t-elle avec empor- pris mon mal en patience. U n’en fut pas de même tement . pourquoi ne voulez-vous pas que je res- de Mergclina : ses sentiments en devinrent plus sente vivement l’offense qu’on a faite à ce petit vifs. Mon cher Marcos, dit-elle à son écuyer, c’est agneau , à cette colombe sans fiel , qui ne se plaint de vous seul que j’attends du secours. Faites en seulement pas de l’outrage qu’il a reçu? Ah ! que sorte, je vous prie , que je puisse voir secrètement ne suis-jc homme en ce moment pour le venger ! Diégo. Que me demandez-vous ? répondit le vieil- EUe dit une infinité d’autres choses encore qui j lard avec colère. Je n’ai eu que trop de complaimarquoient bien l’excès de son amour , qu’elle ne : sancc pour vous. Je ne prétends point, pour satisfit pas moins éclater par scs actions; car, tandis j faire votre ardeur insensée, contribuer à déshonorer que Marcos s'occupoit à m’essuyer avec une scr- i mon maitre, à vous |K*rdrc de réputation, et me viette , elle courut dans sa chambre, et en apporta couvrir d’infamie . moi qui ai toujours passé pour une boite remplie de toutes sortes de parfums. ! un domestique d’une conduite irréprochable. Elle brûla des drogues odoriférantes , et en par- j J’aime mieux sortir de votre maison que d’y serfuma mes habits; après quoi elle répandit sur eux vir d’une manière si honteuse. Ah ! Marcos, interdes essences abondamment. La fumigation et l’as- rompit la dame tout effrayée de ce s\ dernières persion fîmes , celte charitable femme alla cher- paroles , vous me percez le coeur quand vous me cher elle-mèmc, dans la cuisine, du pain, du vin ! parlez de vous retirer. Cruel, vous songez à m’act quelques morceaux de mouton rôti qu’elle avoit ] bandonner après m’avoir réduite dans l’état où je mis à part pour moi. Elle m’obligea de manger; | suis? Rendez-moi donc auparavant mon orgueil et, prenant plaisir à nie servir, tantôt elle me cou- ! et cet esprit sauvage que vous m’avez ôté. Que poit ma viande, et tantôt elle me versoit à boire, n’ai-je encore ces heureux défauts! je serais aumalgré tout ce que nous pouvions faire, Marcos et ; jourd’hui tranquille ; au lieu que vos remontrances moi , pour l’en empêcher. Quand j’eus soupé, indiscrètes m’ont ravi le repos dont je jouissots. messieurs de la symphonie se préparèrent à bien Vous avez corrompu mes mœurs en voulant les accorder leur voix avec leur guitare. Nous fîmes 1 corriger... Mais, poursuivit-elle en pleurant, que an concert qui charma Mergelina. Il est vrai que i dis-je, malheureuse? pourquoi vous faire d’injustes nous affections de chanter des airs dont les paroles i reproches? Non, mon père, vons n’éles point flaltoicnt son amour ; et il faut remarquer qu’en j l’auteur de mon infortune ; c’est mon mauvais sort chantant je la regardois quelquefois du coin de \ qui me préparait tant d’ennuis. Ne prenez point l’œil, d’une manière qui mettoit le feu aux étou- j garde, je vous en conjure, aux discours extravapes : car le jeu commençoit à me plaire. Le con- j gants qui m’échappent. Hélas! ma passion me cert , quoiqu’il durât long-temps, ne m’ennuyoit I trouble l’esprit : ayez pitié de ma foi blesse ; vous point. Pour la dame, à qui les heures paroissoient | êtes toute ma consolation ; et si ma vie vous est des moments, elle aurait volontiers passé la nuit à chère, ne me refusez point votre assistance, nous entendre, si le vieil écuyer, à qui les mo- A ces mots, ses pleurs redoublèrent, de sorte menls paroissoient des heures, ne l’eût fait sou- qu’elle ne put continuer. Elle tira son mouchoir ; venir qu’il étoit tard. Elle lui donna bien dix fois et, s’en couvrant le visage, elle se laissa tomber la peine de répéter cela. Mais elle avoit affaire à sur une chaise comme une personne qui succombe un homme infatigable là-dcssus; il ne la laissa à son affliction. Le vieux Marcos, qui étoit peut» point en repos que je ne fusse sorti. Comme il être la meilleure pâte d’écuyer qu’on vit jamais,

tu

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ne résista point à un spectacle si touchant ; il en fut vivement pénétré ; il confondit même ses larmes avec celles de sa maîtresse , et lui dit d’un air attendri : Ah ! madame , que vous Otes séduisante ! ,1c ne puis tenir contre votre douleur ; elle vient de vaincre ma vertu. Je vous promets mon secours. Je ne m'étonne plus si l’amour a la force de vous faire oublier votre devoir , puisque la compassion seule est capable de m’écarter du mien. Ainsi donc l’écuyer, malgré sa conduite irréprochable, se dévoua fort obligeamment à la }>assion de Mergelina. U vint un malin m’instruire de tout cela; et il me dit, en me quittant, qu’il concerloil déjà dans son esprit ce quil avoit à faire pour me procurer une secrète entrevue avec la dame. 11 ranima par-là mon espérance ; mais j’appris , deux heures après, une très-mauvaise nouvelle. Un garçon apothicaire du quartier, une de nos pratiques, entra pour se faire faire la barbe. Tandis que je me disposons à le raser, il me dit : Seigneur Diégo, comment gou veniez- vous le vieil écuyer Marcos de Obregon, votre ami? Savez-vous qu’il va sortir de chez h* docteur Olorosc? Je répondis que lion. C’est une chose certaine, reprit-il; on doit aujourd’hui lui donner son congé. Son maitre et le mien viennent devant moi. tout à l’heure, de s’entretenir à ce sujet; et voici, poursuivit-il, quelle a été leur conversation. Seigneur Apuntador , a dit le médecin , j’ai une prière à vous faire. Je ne suis pas content d’un vieil écuyer que j’ai dans ma maison, et je voudrois bien mettre ma femme sous la conduite d’une duègne lidèlc , sévère et vigilante. Je vous entends, a interrompu mon maître. Vous auriez besoiti de la dame Melancia , qui a servi de gouvernante à mon épouse, et qui , depuis six semaines que je suis veuf, demeure encore chez moi. Quoiqu’elle me soit utile dans mon ménage, je vous la cède à cause de Fintérét particulier que je prends à votre honneur. Vous pouvez vous reposer sur elle de la sûreté de votre front : c’est la perle des duègnes, un vrai dragon pour garder la pudicité du sexe. Pendant douze années entières quelle a été auprès de nia femme, qui, comme vous savez, avoit de la jeunesse et de b beauté, je n’ai pas vu l’ombre d’un galant dans ma maison. Oh ! vive Dieu ! il ne falloit pas s’y jouer. Je vous dirai même que la défunte , dans les commencements , avoit une grande propension à la coquetterie ; mais la dame Melancia la refondit bientôt , et lui inspira du goût pour b vertu. Enfin c’est un trésor que celle gouvernante , et vous me remercierez plus d’une fois de vous avoir fait ce présent. Là-dessus le docteur a témoigné que ce discours lui donnoil bien de la joie; et ils sont convenus , le seigneur Apuntador et lui, que b duègne iroit, dès

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