‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 109 sur 734 · DI. A S · texte numérisé non relu

DI. A S

ce jour, remplir b place du vieil écuyer.

Cette nouvelle, que je crus véritable, et qui l’éloit en effet , troubla les idées de plaisir dont je rccommençois à me repaître; Marcos, l’aprèsdiner. acheva de les confondre, en me confirmant le rapport du garçon apothicaire'. Mon cher Diégo, ine dit le Ixmi écuyer, je suis ravi que le docteur Oloroso m’ait chassé de sa maison ; il m’épargne par là bien des peines. Outre que je me voyais à regret chargé d’un vilain emploi , il m’auroit fallu imaginer des ruses et des détours pour vous faire parler en secret à Mergdiua. Quel embarras! O race au ciel , je suis délivré de ces soins fâcheux et du danger qui les accompagnoit. De votre côté , mon fils , vous devez vous consoler de la perte de quelques doux moments qui auraient pu être suivis de mille chagrins. Je goûtai 1a morale de Mai cos, parce que je n’espérais plus rien ; et je quittai b partie. Je n’étois pas , je l’avoue, de ces amants opiniâtres qui se raidissent contre les obstacles ; mais quand je l’aurais été, b dame Mclancia m’eût fait lâcher prise. Le caractère qu’on donnuit à cette duègne me paroissoit capable de désespérer : tous les galants. Cependant , avec quelques couleurs qu’on me l’eût peinte , je ne bissai pas, deux ou trois jours après , d’apprendre que la femme j du médecin avoit endormi cet Argus, ou corrompu sa fidélité. Comme je sortis pour aller raser un de nos voisins, une bonne vieille m’arrêta clans b rue, et me demanda si je m’appclois Diégo de b Fuentc. Je répondis qu’oui. Cela étant, reprit-elle, c’est à vous que j’ai affaire. Trouvez-vous celte nuit à la porte de doua Mergelina ; et quand vous y serez, faileS-le connoitre par quelque signal, et l’on vous introduira dans la maison. Eh bien ! lui dis-je, il faut convenir du signal que je donnerai. Je sais contrefaire le chat à ravir ; je miaulerai à diverses reprises. C’est assez , répliqua la messagère de galanterie; je vais porter votre réponse. Votre servante , seigneur Diégo ; que le ciel vous conserve! Ah! que vous Otes gentil! Par sainte Agnès, je voudrois n’avoir que quinze ans, je ne ! vous chercherais pas pour les autres! A ces paroles , l’officieuse vieille s’éloigna de moi.

Vous vous imaginez bien que ce message m’agita | furieusement : adieu la morale de Marcos. J’at- | tendis la nuit avec impatience, et , quand je jugeai | que le docteur Oloroso reposoit, je me rendis à sa porte. Là je me mis à faire des miaulements qu’on devoit entendre de loin , et qui sans doute faisoient honneur au maître qui m’avoit enseigné un si bel art. Un moment après Mergelina vint elle-même ouvrir doucement b porte, cl la referma dès que je fus dans la maison. Nous gagnâmes 1a salle où notre dernier concert avoit été fait, cl qu’une petite lampe , qui brùloil dans la

Page 1