CHAPITRE IV
dre, que je me serve de mon autorité, je vous l’or- | loment jaloux. Cet époux, charmé de la posséder, donne. i étoit sans cesse à scs genoux. Il ne lui laissoit paa
En achevant ces paroles il la quitta pour lui lais- seulement la triste consolation de pleurer en se-
scr faire scs réflexions sur ce qu'il venoil de lui cret ses malheurs. La nuit arrivée, la fille de Léon-
dire. Il espéroit qu'aprés avoir pesé les raisons tio sentit redoubler son affliction. Mais que de-
dont il s'étnit servi pour soutenir sa vertu contre ! vint-elle lorsque scs femmes, après l’avoir déshale penchant de son cœur, elle se détermineroit billée, la laissèrent seule avec le connétable? Il lui d’eUc-méme I se donner au connétable. Il ne se demanda respectueusement la cause de l’abattetrompa point : mais combien en coûta-t-il i la ment où elle sembloit être. Cette question enibar- Irislc blanche pour prendre cette résolution I Elle rassa Blanche, qui feignit de se trouver mal. Sou étoit dans l’étal du monde le plus digne de pitié, époux y fut d’abord trompé; mais il ne demeura La douleur de voir ses pressentiments sur l’infidé- pas long-temps dans cette erreur. Comme il étoit lilé d’Enrique tournés en certitude, et d’être con- véritablement inquiet de l’état où il la voyoit, et trainte, en le perdant , de se livrer à un homme qu’il la pressnit de se mettre au lit, scs instances, qu’elle ne pouvoit aimer, lui causoit des transports qu’elle expliqua mal, présentèrent à son esprit une d’aflliction si violents , que tous scs moments de- image si cruelle, que, ne pouvant plus se contrainvenoient pour elle des supplices nouveaux. Si dre, elle donna un libre cours à ses soupirs et à mon malheur est certain, s’écrioit-ellc, comment ses lamies. Quelle vue pour un homme qui s’étoit y puis-je résister sans mourir? Impitoyable desti- cru au comble de ses vœux ! Il ne douta plus que née. pourquoi me repaissois-lu des plus douces l’affliction de sa femme ne renfermât quelque espérances, si tu devois me précipiter dans nn chose de siuislre pour son amour. Néanmoins, abîme de maux? Et toi, perfide amant, tu te don- quoique cette connoissauce le mit dans une situanes à une autre , quand tu me promets une éler- tion presque aussi déplorable que celle de Blannelle fidélité. As-tu donc pu sitôt mettre en oubli chc, il eut assez de force sur lui pour cacher ses la foi que tu m’as jurée ? Pour te punir de m’avoir soupçons. Il redoubla ses empressements, et consi cruellement trompée , fasse le ciel que le lit tiuua de presser son épouse de se coucher, l’assuconjugal, que lu vas souiller par un parjure, soit rant qu’il lui laisserai prendre tout le repos dont moins le théâtre de tes plaisirs que de tes remords! elle avoit besoin. Il s'offrit même d'appeler scs que les caresses de Constance versent un poison finîmes , si elle jugeoit que leur secours pût apdans ton cœur infidèle ! puisse ton hymen devenir |»rtcr quelque soulagement à son mal. Blanche aussi affreux que le mien ! Oui , traître , je vais s'étant rassurée sur cette promesse, lui dit que le épouserle connétable, que je n’aimepoint, pour me sommeil seul lui étoit nécessaire dans la foiblesse venger de moi-même, pour me punir d’avoir si mal où elle se sentoit. Il feignit de la croire. Ils se michoisi l’objet de ma folle passion. Puisque ma reli- rem tous deux au lit, cl passèrent une nuit bien gion me défend d’attenter à ma vie, je veux que les différente de celle que l'amour et l'hyménéc séjours qui me restent à vivre ne soient qu'un tissu cordent â deux amants charmés l’un de l'autre, malheureux de peines et d’ennuis. Si tu conserves Pendant que la fille de Siifredi se livrait â sa encore pour moi quelque sentiment d’amour, ce sera douleur, le connétable chcrchoit en lui-même ce me venger aussi de toi, que de me jeter à tes yeux qui pouvoit lui rendre son mariage si rigoureux, entre les bras d’un autre ; et si tu m'as entièrement 11 jugeoit bien qu’il avoit un rival ; mais quand il oubliée, la Sicile du moins pourra se vanter d’avoir votiloit le découvrir, il se perdoit dans ses idées, produit une femme qui s’est punie elle-même d’a- Il savoit seulement qu’il étoit le plus malheureux voir trop légèrement disposé de son cœur. de tous les hommes. Il avoit déjà passé les deux
Ce fut dans une pareille situation que cette triste tiers de la nuit dans ces agitations, lorsqu’un bruit victime de l’amour et du devoir passa la nuit qui sourd frappa scs oreilles. Il fut surpris d'entendre précéda son mariage avec le connétable. Siffredi, quelqu’un traîner lentement ses pas dans la chamïa trouvant le lendemain prête à faire ce qu’il sou- bre. Il crut se tromper ; car il se souvint qu’il haitoit, se bâta de profiler de cette disposition fa- avoit fermé la porte lui-même, après que les femvorable. Il fit venir le connétable à Belmonte le mes de Blanche furent sorties. U ouvrit le rideau jour même, et le maria secrètement avec sa fille pour s’éclaircir par ses propres yeux de la cause dans la chapelle du château. Quelle journée pour du bruit qu’il cmendoit; mais la lumière qu’on Blanche ! Ce n’étoit point assez de renoncer à une avoit laissée dans la cheminée s’étoit éteinte : et couronne, de perdre un amant aimé, et de se don- bientôt il ouït une voix foible et languissante qui Hcr à un objet haï; il falloit encore qu’elle con- appela Blanche à plusieurs reprises. Alors ses traignît ses sentiments devant un mari prévenu soupçons jaloux le transportèrent de fureur; et, pour elle de la passion la plus ardente, et naturel- ' son honneur alarmé l’obligeant à se lever pour
prévenir un affront ou pour en tirer vengeance, > livrée à un homme qu*c)le n'a pas eu le temps de il prit son épée, il mardia du côté que la voix lui connaître et d’aimer, pouvoit bien être la cause sembloit partir. Usent une épée nue qui s'oppose de ces pleurs, de ces soupirs et de cette vive à la sienne. Il avance, on se retire. Il poursuit, on | affliction dont il se plaigtioit ; que l’amour, dans se dérobe à sa poursuite. Il cherche celui qui le cœur des filles d’un sang noble, 11c s’allumoit semble le fuir par toits les endroits de la chambre, I que par le temps et par les services ; qu’il l’exhorautant que l’obscurité le peut permettre, et ne le j toit à calmer scs inquiétudes, à redoubler sa tentrouve plus. Il s’arrête; il écoule, et n’entend plus | dresse et ses empressements pour disposer Blanrien. Quel enchantement! Il s’approche de la j clic à devenir plus sensible; et qu’il le prioil enfin porte, dans la pensée qu’elle avoit favorise la fuite de retourner vers elle, persuadé que ses défiauces de ce secret ennemi de son honneur ; mais elle cl sou trouble oflensoient sa vertu, éloit fermée au verrou comme auparavant. Ne j Le connétable ne répondit rien aux raisons de pouvant rien comprendre 5 celle aventure, il ap- son beau-père , soit qu’en effet il commençât à pela ceux de ses gens qui éloient le plus à portée croire qu’il pouvoit s’étre trompé dans le désordre d’entendre sa voix ; et , comme il ouvrit la porte où étoit son esprit , soit qu’il jugeât plus à propos pour cela, il en ferma le passage, et se tint sur de dissimuler, que d’entreprendre inutilement de ses gardes, craignant de laisser échapper ce qu’il convaincre le v ieillard d’un événement si dénué de cherchoil. . vraisemblance. Il retourna dans l'appariement de
A ces cris redoublés, quelques domestiques ac- sa lemme, se remit auprès d’elle, et lâcha d’obcounirent avec des flambeaux. U prend une bou- tenir du sommeil quelque relâche à ses iuquiétugie, et fait une nouvelle recherche dans la chant- des. Blanche , de sou côté , la triste Blanche lire en tenant son épée nue. 11 n’y trouva toutefois n’émit pas plus tranquille ; elle n’avoit que trop ]>ersonnc , ni aucune marque apparente qu’on y entendu les mêmes choses que son époux, et ne fût entré. Il n’aperçut poiul de porte secrète, ni pouvoit prendre pour illusion une aventure dont d'ouverture par où l’on eût pu passer ; il ne pou- elle sa voit le secret et les motifs. Elle étoit survoit pourtant s’aveugler lui-même sur les circon- prise qu’Knrique cherchât à s’introduire dans son stances de son malheur. Il demeura dans une appartement , après avoir donné si solennellement étrange confusion de | censées. De recourir à Blan- sa foi à la princesse Constance. Au lieu de s’apche, elle avoit trop d’intérêt à déguiser la vérité, pUudir de cette démarche et d’en sentir quelque pour qu’il en dût attendre le moindre éclaircisse- joie, elle la rogardoil comme un nouvel outrage , ment. Il prit le parti d'aller ouvrir son cœur h et son cœur en étoit tout enflammé de colère. Léontio, après avoir renvoyé ses gens, en leur di- Tandis que la fille de Siffredi, prévenue contre sant qu’il croyoit avoir entendu quelque bruit le jeune roi, le croyoit le plus coupable des honidans la chambre, et qu’il s’étoit trompé. Il ren- mes , ce malheureux prince , plus épris que jamais contra son beau-père, qui sortoit de son apparie- de Blanche, soubaitoit de l’entretenir pour la ment au bruit qu’il avoit ouï , et lui racontant ce rassurer contre les apparences qui le condamqui venoit de se passer, il fit ce récit avec toutes noient. Il seroil venu plus lot à Behnontc pour cet les marques d’une extrême agitation et d’une pro- effet, si tous les soins dont il avoit été obligé de fonde tristesse. s’occuper le lui eussent permis; mais il n’avoit
Siffredi fut surpris de l’aventure. Quoiqu’elle pu avant cette nuit se dérober à sa cour. Il conne lui parût pas naturelle, il ne laissa pas de la noissoit trop bien les détours d’un lieu où il avoit icroire véritable; et jugeant tout possible à l’a- été élevé pour être en peine de se glisser dans le tnour du roi, cette pensée l’affligea vivement, château de Siffredi : et même il conservoit encore Mais , bien loin de flatter les soupçons jaloux de la clef d’une porte secrète par où l’on entroit dans son gendre , il lui représenta d’un air d’assurance les jardins. Ce fut par là qu’il gagna son ancien qoe cette voix qu’il s’iroaginoit avoir entendue , et appartement , et qu’ensuite il passa dans la chamcette épée qui s’éloit opposée à la sienne, ne pou- j lire de Blanche. Imaginez-vous quel dut être voient être que des faulômes d’une imagination i’étonnement de ce prince d’y trouver un homme séduite par la jalousie ; qu’il étoit impossible que 1 et de sentir une épée opposée à la sienne. Peu quelqu’un fût entré dans la chambre de sa lille ; j s’en fallut qu’il n’éclalàt, et ne fit punir à l’heure qu’à l’égard de la tristesse qu’il avoit remarquée même l’audacieux qui osoit lever sa main sacriclans son épouse, quelque indisposition l’a voit lége sur son propre roi; mais le ménagement qu’il peut-être causée ; que l honncur ne devoit point devoil à la fille de Léontio suspendit son n ssentiêlre responsable des altérations du tempérament ; nient. Il se relira de la même manière qu’il étoit que le changement d’état d’une fille accoutumée à | venu ; et , plus troublé qu’auparavant , il reprit le vivre dans un désert, et qui se voit brusquement i chemin de Païenne. U arriva quelques moments