CHAPITRE X. 3i
nctni : mais si elle perdil sa colère, ce ne fut que I champ Séraphinc, en la conjurant de nie pardonl»ur se livrer à sa douleur. Elle se mit à pleurer j ner la frayeur que je lui avois causée, et l’assurant amèrement. Ses larmes m'attendrirent; et je n’é- qu’elle auroil bientôt de mes nouvelles. Je sortis tois guère moins affligé qu’elle, bien que je ne par où j’élois entré, mais si occupé de la dame, susse pas encore le sujet de son affliction. Je ne qu’il ne me fut pas difficile de juger que j'en étois me contentai pas de pleurer avec elle; impatient déjà fort épris. Je m’en aperçus encore mieux à de venger son injure , je me sentis saisir d’un | renipressement que j'avois de courir pour elle, cl mouvement de fureur. Madame, m’écriai-je, quel j aux amoureuses chimères que je formai. Je me outrage avez-vous reçu? Parlez : j’épouse votre représeulois que Séraphinc, quoique possédée de ressentiment. Voulez-vous que je coure après don sa douleur, avoit remarqué mon amour naissant, Fernand et que je lui perce le cœur? Nommez- et qu’elle ne l’avoit peut-être pas vu sans plaisir, moi tous ceux qu’il faut vous immoler : coniman- ! Je m’iinaginois même que si je pouvois lui porter dcz. Quelques périls, quelques malheurs qui soient des nouvelles certaines de sa sœur, et que l’afTaire attachés à votre vengeance, cet inconnu , que vous tournât au gré de ses souhaits, j’en aurois tout croyez d’accord avec vos ennemis, va s’y exposer j l’honneur.
pour vous. i Don Alphonse' interrompit en cet endroit le fil
Ce transport surpr t la clame et arrêta le cours de son histoire, et dit au vieil ermite : Je vous dede ses pleurs. Ah! seigneur, me dit-elle, pardon- mande pardon , mon père , si, trop plein de ma nez ce soupçon à l’état cruel où je me vois. Ces passion , je m’étends sur des circonstances qui sentiments généreux détrompent Séraphinc ; ils vous ennuient sans doute. Non, mon fils, réponot’ùlenl jusqu'à la honte d’avoir un étranger pour dit l’anachorète, elles ne m’ennuient pas; je suis témoin d’un aiïront fait à ma famille. Oui , noble même bien aise de savoir jusqu’à quel point vous inconnu , je rcconuois mon erreur, et jo ne reje.te êtes épris de celte jeune dame dont vous m’entrepas votre secours ; mais je ne demande point la tenez : je réglerai là-dessus mes conseils, monde don Fernand. Eli bien ! madame, repris- L’esprit échauffé de ces flatteuses images , rejc , quels services pouvez-vous attendre de moi? prit le jeune homme, je cherchai pendant deux Seigneur, repartit Séraphinc, voici de quoi je me jours le ravisseur de Julie ; mais j’eus beau faire plains. Don Fernand de Lcyva est amoureux de toutes les perquisitions imaginables, il ne me fut ma sœur Julie, qu’il a vue par hasard à Tolède, pas possible d’en découvrir les traces. Très-morlioù nous demeurons ordinairement. Il y a trois mois fié de n’avoir recueilli aucun fruit de nies recbcrqu’il en fit la demande au comte de Polan mon ches, je retournai chez Séraphinc. que je me pcipère, qui lui refusa son aveu , à cause d’une vieille gnois dans une extrême inquiétude. Cependant inimitié qui règne entre nos maisons. Ma sœur n’a elle étoit plus tranquille que je ne pensois. Elle pas cucore quinze ans ; elle aura eu b faiblesse de m’apprit qu'elle avoit été plus heureuse que moi ; suivre les mauvais conseils de mes femmes , que | qu’elle savoit ce que sa sœur étoit devenue ; qu’elle don Fernand a sans doute gagnées ; et ce cavalier, j avoit reçu une lettre de don Fernand mémo, qui averti que nous étions toutes seules en celte mai- lai mandoit qu’après avoir secrètement épousé Juson de campagne , a pris ce temps pour enlever lie, il l’avoit conduite dans un couvent de Tolède. Julie. Je voudrais du moins savoir quelle retraite j J’ai envoyé sa lettre à mon père, poursuivit Séil lui a choisie, afin que mon père et mon frère, raphine. J’espère que b chose pourra se terminer qui sont à Madrid depuis deux mois , puissent à l’amiable , et qu’un mariage solennel éteindra prendre des mesures là-dessus. Au nom de Dieu, bientôt la haine qui sépare depuis si long-temps ajouta-t-elle, donnez-vous la peine de parcourir i nos maisons.
les environs de Tolède; faites une exacte recherche ; Lorsque la dame m’eut instruit du sort de sa de al enlèvement : que nia famille vous ait cette sœur , elle parla de b fatigue qu’elle m’avoit obligation-là. causée , et du péril où elle pouvoit m’avoir impru-
La dame uc songeoit pas que l’emploi dont elle damnent jeté en m’engageant à poursuivre un me chargcoit ne convenoil guère à un homme qui ravisseur, sans se souvenir que je lui avois dit ne pouvoit trop tôt sortir de Castille ; mais coin- 1 qu’une affaire d’honneur me faisoit prendre b ment y aurait-elle bit réflexion? je n’y pensois pas ! fuite. Elle m’en fit des excuses dans les termes les moi-même. Charmé du bonheur de me voir né- | plus obligeants. Comme j’avois besoin de repos , ccssaire à 1a plus aimable personne du monde, ; elle me mena dans le salon, où nous nous assîmes j'acceptai 1a commission avec transport, et promis ! tous deux. Elle avoit une robe de chambre de tafdc m’en acquitter avec autant de zèle que de dili- j fêtas blanc à raies noires, avec un petit chapeau de gencc. En effet je n’attendis pas qu’il fût jour pour b même étoffe et des plumes noires; ce qui mo aller accomplir ma promesse; je quittai sur-le- 1 flt juger qu'elle pouvoit être veuve. Mais clic me
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paroissoit si jeune , que je ne sa verts ce que j’en devois penser.
Si j’avois envie de m’en éclaircir, elle n'en avoit pas moins de savoir qui j’élois. Elle me pria de lui apprendre mon nom , ne doutant pas, disoitclle, à mon air noble, et encore plus à la pitié généreuse qui m’avoil fait entrer si vivement dans ses intérêts, que je ne fusse d'une famille cous dérable. La question m’embarrassa : je rougis, je me troublai ; et j’avouerai que, trouvant moins de honte il mentir qu’à dire la vérité, je répondis que j’étois fils du baron de Steinbach , officier de la garde allemande. Ditcs-inoi encore, reprit la dame, pourquoi vous êtes sorti de Madrid. Je vous offre par avance tout le crédit de mon père, aussi bien que celui de mou frère don Gaspard. C’est la moindre marque de reconnoissance que je puisse donner à un cavalier qui , pour me servir , a négligé jusqu'au soin de sa propre vie. Je ne iis point de difficulté de lui raconter toutes les circonstances de mon combat : elle donna le tort au cavalier que j’avois tué, cl promit d’intéresser pour moi toute sa maison.
(Juand j’eus satisfait sa curiosité, je la priai de contenter la mienne. Je lui demandai si sa foi étoit libre ou engagée. 11 y a trois ans , réponditelle, que mon père me lit épouser don Diégue de Lara , et je suis veuve depuis quinze mois. Madame, lui dis-je, quel malheur vous a sitôt enlevé votre époux? Je vais vous l’apprendre, seigneur, repartit la dame , |iour répondre à la confiance que vous venez de me marquer.
Don Dogue de Lara , poursuivit-elle , étoit un cavalier fort bien fait; mais, quoiqu’il eût pour moi une passion violente, et que chaque jour il mit en usage |iour me plaire tout ce que l’amant le plus tendre et le plus v if fait pour se rendre agréable à ce qu'il aime, quoiqu'il eut mille lionnes qualités, il ne put toucher mou cœur. L’amour n’est pas toujours l’effet des empressements ni du mérite connu. Hélas ! ajouta-t-elle , uuc personne que nous ne connaissons point nous cncliante souvent dès la première vue. Je ne pouvois donc i’aimer. Plus confuse que charmée des témoignages de sa tendresse , et forcée d'y répondre sans penchant, si je m'accusois en secret d’ingratitude, je me trouvois aussi fort à plaindre. Pour son malheur et pour le mien, il avoit encore plus de délicatesse que d’antour. Il déméloil dans mes actions et dans mes discours mes mouvements les plus cachés. Il lisoit au fond de mon âme. 11 se plaiguoit à tous moments de mon indifférence , et s’estimoit d'autant plus malheureux de ne pouvoir me plaire , qu’il savoit bien qu’aucun rival lie l’eu cmpéchuit , car j'avois à peine seize ans ; et, avant que de m’offrir sa foi, il avoit gagné toutes mes
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femmes , qui l'avoient assuré que personne ne s’émit encore attiré mon attention. Oui, Séraphine , me disoit-il souvent, je voudrais que vous fussiez prévenue pour un autre , et que cela seul fût la cause de votre insensibilité pour moi. Mes soins et votre vertu triompheraient de cet entêtement ; nuis je désespéra de vaincre votre cœur, puisqu’il ne s'csl pas rendu à tout l’amour que je vous ai témoigné. Fatiguée de l'entendre répéter les mêmes discours . je lui dirais qu’au lieu de troubler son repose! le nticn par trop de délicatesse, il ferait mieux de s’en remettre au temps. Effectivement, à l’âge que j’avois , je n’étois guère propre à goûter les raffinements d'une passion si délicate ; et c’étoit le parti que don Diègnc devoit prendre : mais, voyant qu’une année entière s’étoit écoulée 9ans qu’il fût pins avancé qu'au premier jour, il perdit patience, ou plutôt il perdit la raison ; et, feignant d’avoir à la cour une affaire importante, il partit pour aller servir dans les Pays-Bas en qualité de volontaire ; et bientôt il trouva dans les |>érils ce qu’il y chcrchoil, c’est-à-dire la fin de sa vie et de ses tourments.
Après que la dame eut fait ce récit, le caractère singulier de son mari devint le sujet de notre entretien. Nous fûmes interrompus par l’arrivée d’un courrier qui vint remettre à Séraphine une lettre du comte de Pobm. Elle me demanda permission de la lire ; et je remarquai qu’en la lisant elle devenoit pâle et tremblante. Après l’avoir lue, elle leva les yeux au ciel , poussa un long soupir, et son visage en un moment fut couvert de larmes. Je ne vis point tranquillement sa douleur. Je me troublai ; et comme si j’eusse pressenti le coup qui m’alloit frapper, une crainte mortelle vint glacer mes esprits. Madame, lui dis-je d’une voix presque éteinte, puis-je vous demander quels malheurs vous annonce ce billet ? Tenez, seignear, me répondit tristement Séraphine en me donnant la lettre ; lisez vous-même ce que mon père m’écrit. Hélas ! vous n’y êtes que trop intéressé.
A ces mots, qui me firent frémir, je pris la iettre en tremblant, et j’v trouvai ces paroles: « Don Gaspard, \ otre frère, se battit hier an Prado. > Il reçut un coup d’épée dont il est mort aujour- » d'hui ; et ila déclaré, en mourant, que le cata-
■ lier qui l’a tué est fils du baron de Steinbach ,
■ officier de la garde allemande. Pour surcroît de
• malheur, le meurtrier m’est échappé. H a pris la
• fuite ; mais en quelque lieu qu’il aille se cacher, ■je n’épargnerai rien pour le découvrir. Je vais
• écrire à quelques gouverneurs qui ne manque- » ront pas de le faire arrêter s’il passe par les villes
• de leur juridiction ; et je vais, par d’autres lot-
• 1res, achever de lui fermer tous les chemins.
» Le comte DE I’OLAN. •