‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 281 sur 734 · CHAPITRE X. r>5S · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. r>5S

trapois toujours de ces messieurs quelques pièces ! vous, et qui sont vos parents? Vous avez l’air drun de menue monnoie * quand j’allois leur porter le ! garçon de famille. Parlez-moi conOdemment , et mémoire de leur dépense. Ils donnoient aussi quel- comptez que je ne vous abandonnerai point, que chose au valet d’écurie, pour avoir eu soin de Le curé, par ce discours politique et charitable, leurs montures ; mais pour la Galicienne, qui étoit m’engagea insensiblement à lui découvrir toutes l’idole des muletiers qui passoient par là , elle ga- mes affaires , ce que je fis avec beaucoup d’ingégnoit plus d’écus que nous de maravédis. Je n’a- imité. Je lui avouai tout , après quoi il me dit : vois pas sitôt reçu un sou, que je le porlois au Mon ami, quoiqu’il ne convienne guère aux ergrenier pour en grosssir mon trésor ; et plus je mites de thésauriser , cela ne diminue pas votre voyois augmenter mon bien , plus je sentois que faute : en volant le frère Ohrysostôme , vous avez mon petit coeur s’y attac boit. Je baisois quelque- toujours péché contre l’article du Décalogue qui fois mes espèces; je les contemplois avec un ra- ' défend de dérober; mais ce qui doit vous consovissement qui ne peut être compris que par les 1er, c’est que je me charge d'obliger l’hôtesse à avares.

L’amour que j’avois pour mon trésor m’obligeoit à l’aller visiter trente fois par jour. Je rencontrois souvent sur l’escalier l’hôtesse , laquelle étant trèsdéfiante de son naturel, fut curieuse un jour de curé, qui avoit son dessein, n’en demeura pas savoir ce qui pouvoit à tout moment m’attirer au là. Mou enfant, poursuivit-il, je veux m’intéresgrenier. EUe y monta et se mit à fureter partout, ser pour vous, et vous procurer une bonne condis’imaginant que je cachois peut-être dans ce gale- lion. Je vous enverrai dès demain , par un muletas des choses que je dérobois dans sa maison. Elle lier , à mon neveu le chanoine de la cathédrale de n’oublia pas de remuer la paille qui couvrait mon Tolède. Il ne refusera pas , à ma prière, de vous sac , et elle le trouva. Elle l’ouvrit ; et, voyant qu’il recevoir au nombre de ses laquais, qui sont chez y avoit dedans des écus et des pistoles, elle crut lui comme autant de bénéficiers qui vivent grasou fit semblant de crairc que je lui avois volé cet seineut du revenu de sa prébende : vous serez là argent. Elle s’en saisit à bon compte. Puis, m’ap- I parfaitement bien ; c’est une chose dont je puis pclaut petit misérable , petit coquin , elle ordonna vous assurer.

au garçon d’écuric , tout dévoué à ses volontés , Cette assurance fut si consolante pour moi, que de m’appliquer une cinquantaine de bons coups je ne songeai plus ni à mon sac , ui aux coups de de fouet; et, après m’avoir si bien fait étriller, fouet que j’avois reçus. Je ne m'occupai l’esprit elle me mit à la porte, en disant qu’elle ne vou- I que du plaisir de vivre en bénéficier. Le jour su iloit point souffrir chez elle de fripon. J’eus beau i vaut, tandis qu’on mefaisoit déjeûner, il arriva, protester que je n’avois point volé l’Iiôtesse, elle selon les ordres du curé, un muletier au prèssoutint le contraire, et on la crut plutôt que moi. | bytèreavec deux mulesbâiéeset bridées. On m’aida C’est ainsi que les espèces du frère Chrysostôme à monter sur l’une , le muletier s’élança sur l’aupassèrent des mains d’un voleur dans celles d’une tre , et nous prîmes la route de Tolède. Mon comvoleuse. pagnon de voyage étoit un hommede belle humeur.

Je pleurai la perte de mon argent , comme on et qui ne demnudoit qu’à se réjouir aux dépens du pleure la mort d’un fils unique; et si mes larmes 1 prochain. Mon petit cadet, me dit-il, vous avez ne me firent pas rendre ce que j’avois perdu, elles 1 un bon ami dans monsieur le curé de Galves. 11 furent cause du moins que j’excitai la compassion vous le fait bien voir. U ne pouvoit vous donner de quelques personnes qui les virent couler, et 1 une meilleure preuve de son affection, que de entre autres du curé de Galves , qui passa près de vous placer auprès de son neveu le chanoine , que moi par hasard. Il parut touché du triste état où j’ai l’honneur de connoîlrc, et qui sans contredit j’étois, et m’emmena au presbytère avec lui. Là , est la perle de son chapitre. Ce n’est point un de pour gagner ma confiance , ou plutôt pour me ; ces dévots dont le visage pâle et maigre prêche la tirer les vers du nez , il commença par me plain- mortification ; c’est une grosse face, un teint fleuri, dre. Que ce pauvre enfant, s’écria- t-il d’un air une mine réjouie, un vivant qui ne se refuse plein de compassion, est digne de pitié de n’avoir point au plaisir qui se présente, et qui surtout personne qui prenne soin de lui ! Faut-il s’étonner aime la bonne chère. Vous serez dans sa maison si, livré à lui-méme dans un âge si tendre, il a comme un petit coq en pâte, commis une mauvaise action? Les hommes, pen- Le bourreau de muletier, s’apercevant que je dant le cours de leur vie , ont bien de la peine à j l'écoutois avec une grande satisfaction , continua s’en défendre. Ensuite, m’adressant la parole: de me vanter le bonheur dont je jouirais quand je

Mon fils, ajouta-t-il, de quel endroit d’JEspagne Otes- I serais valet du chanoine, il ne cessa de m'en paria

i rendre l’argent , et de le faire tenir au frère dans son ermitage : vous pouvez dès à présent avoir la conscience en repos là-dessus. C’étoit, je vous l’avoue, de quoi je ne m'iuquiétois guère. Le

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1er jusqu’à ce qu'étant airbés su tillage d'übisa , nous nous y arrêtâmes pour faire un peu reposer nos mules. Là , par le plus grand bonheur du monde pour moi, j'appris qu'on me trooipoit. » oici de quelle façon je fis celle découverte, le muletier, allant et tenant dans l'hôtellerie, laissa tomber par hasard de sa poche un papier que j’eus l’adrrsse de ramasser sans qu’il y prit garde , et que je trouvai moyen de lire pendant qu'il éioit à l’écurie. Cétoit une lettre adressée a ut prêtres de l’Iiôpital des orphelins, et conçue dans ces termes : « Messieurs , j’ai cru que la charité m'obligcoit à » remettre entre vos mains un petit fripon qui s’est » échappe de votre hôpital ; il me paroit avoir de "l’esprit, et mériter que vous ayez la bonté de le » tenir enfermé chez vous. Je ne doute point qu’à » force de corrections vous n'en fassiez un garçon • raisonnable. Que Dieu conserv e v os pieuses et cha- » niables seigneuries! LE ciré de Calves. •

Lorsque j’eus achevé de lire cette lettre, qui ■u’apprenoit les bonnes intentions de monsieur le curé , je ne demeurai pas incertain du parti que j’avois à prendre : sortir de l'hôtellerie et gagner les bords du Tage à plus d’une lieue de là, fut l’ouvrage d’un moment. La crainte me prêta des ailes pour fuir les prêtres de l’hôpital des orphelins, où je ne voulois point absolument retourner, tant j’étois dégoûté de la manière dont on y enseignoit le latin. J’entrai dans Tolède aussi gaiement que si j’eusse su où aller boire et manger. Il est vrai que c’est une ville de bénédiction , et dans laquelle un homme d'esprit, réduit à vivre aux dépens d’autrui , ne saurait mourir de faim. Mais jelois encore bien jeune pour pouvoir me promettre de trouver moyen d'y subsister ; néanmoins la fortune me favorisa. Je fus à peine dans la grande place , qu’un cavalier bien vêtu , auprès de qui je passai, me retint par le bras et me dit : Petit garçon , veuz-tu me servir 7 je serais bien aise d’avoir un laquais tel que toi. £t moi , lui répondis-je, un mailrc comme vous. Cela étant , reprit-il , tu es à moi dés ce moment , et tu n’asqu’à me suivre ; ce que je fis sans répliquer.

Ce cavalier, qui pouvoir avoir trente ans, se nommoit don Abel ; il logeoit dans un hôtel garni, où il occupoit un assez bel appartement. C’étoil un joueur de profession ; et voici de quelle sorte nous vivions ensemble : le matin je lui hachois du tabac pour fumer cinq ou six pipes; je lui ncttoyois scs habits et j'allois lui chercher un barbier pour le raser et lui redresser sa moustache; après quoi il sortoit pour courir les tripots, d’où il ne revenoit au logis qu’entre onze heures et minuit. Mais tous les matins , avant que de sortir, il avoit soin (le tirer de sa pot lit (rois réaux qu’il me don- j

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