‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 282 sur 734 · M.AS · texte numérisé non relu

M.AS

! noit à dépenser par jour, me laissant la liberté de faire ce qu'il me plairait jusqu’à dit heures du i soir : pourvu que je fusse à l’hôtel quand il y rentrait. il étoit fort content de moi. Il me fit faire on pourpoint et on haut-de-chausses de livrée, avec quoi j’avais tout l’air d'un petit commissionnaire dè coquettes. Je m'accommodois bien de ma condition , et certainement je n’en pouvois trouver une plus convenable à mou humeur.

Il y avoit déjà près d’un mois que je cienois une vie si heureuse , lorsque mon patron me demanda si j'êtois satisfait de loi ; et, sur la réponse que je lis qu’on ne pouvoil félre davantage ; Eh bien ! reprit-il , nous partirons donc demain pour Séville , où mes affaires m’appellent. Tu ne seras pas lâché de voir celte capitale de l’Andalousie. Qu» n’a pas eu SiviUe , dit le proverbe, n’a rien vu. Je lui témoignai que j'élois prêt à le suivre partout. Dès le même jour , le messager de Séville vint prendre à l’hôtel garni un grand coffre où étoienl toutes les nippes de mon maitre, et le lendemain nous partimes pour l’Andalousie.

Le seigneur don Abel émit si heureux au jeu , qu'il ne perdoit qne quand il vouloit ; ce qui l'obiigeoit à changer souvent de lieu pour se dérober au ressentiment des dupes, et ce qui étoit la cause de notre voyage. Étant arrivés à Séville, nous primes un logement dans un hôtel garai auprès de la porte de Cordoue, et nous recommençâmes à vivre connue à Tolède. Mais mon patron trouva delà différence entre ces deux villes. Il rencautra des joueurs qui jouaient aussi heureusement que lui dans les tripots de Séville ; de sorte qu'il en revenoit quelquefois fort chagrin. Un matin qu'il étoit encore de mauvaise humeur d'avoir perdu cent pistolcs le jour précédent , il me demanda l>ourquoi je n’avois pas porté son linge saie chex une dame qui avoit soin de le blanchir et de le parfumer. Je répondis que je ne m’en étois pas souvenu. Là-dessus, se mettant en colère, il m’appliqua sur le visage une demi-douzaine de soufflets si rudement, qu’il me fil voir plus de lumières qu’il n'y en avoit dans le temple de Salomon. Tenez, petit malheureux, me dit-il, voilà pour vous apprendre à devenir attentif à vos devoirs. Fandra-t-il donc que je sois après vous sans cesse pour vous avertir de ce que vous avez à faire? Pourquoi n'étes-vous pas aussi habile à sert ir qu’à manger? Ne sauriez-vous , puisque vous n’êtes pas une bêle , prévenir mes ordres et mes besoins? A ces mots il sortit de son appartement , où il me laissa trés-mortifié d'avoir reçu des soufflets pour une faute si légère , et bien résolu d'en tirer vengeance si l’occasion s’en présentoit.

Je ne sais quelle aventure lui arriva peu de temps après dans un tripot ; mais un soir il revint fort

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