TRADUCTEUR
étonnant que les trois quarts cl demi du monde, perdant patience en lisant cet ouvrage, demeurent dégoûtés d’un livre qui deviendroil plus utile et plus amusant , si , sans lui rien ôter de ce qu’il a de solide, on pouvoit le dépouiller de son air dogmatique.
C’est ce que j’ai voulu essayer, après avoir été excité à ce travail par plusieurs personnes d'esprit, qui m’ont enfin déterminé à l’entreprendre, en m’assurant que je ferois plaisir au public de lui donner une traduction de Guzman d'Alfaracbe purgée des moralités superflues. 11 m’a fallu, pour cet effet , abréger ou même retrancher les écarts de morale qui font perdre de vue le héros. M. Ërrmont auroit bien dû nous les ôter; mais il aimoit trop lui-même le verbiage, pour pouvoir se résoudre à nous rendre ce service : car ce n’étoit pas un traducteur assez timide pour respecter ce qui lui auroit déplu dans son original, comme on peut le voir par sa préface , où il s’applaudit des changements qu’il a faits, a J’ai , dit-il , passé le rabot sur plusieurs choses, et ajouté de petites façons, qui, sans vanité, n’ont pas gâté l’ouvrage, Ce n’est pas une petite affaire que d’un habit à l’espagnole en faire un à la française , et surtout d'un habit vieux. »
Il est constant que la différence des génies des deux nations peut justiGer une grande partie des licences qu’il a prises. Sa traduction n’aurait pas été supportable, si elle eût été littérale. Aussi ne : l’est-ellc point du tout ; et au lieu de ce qu’il a dit, il devoit plutôt dire qu’il a coupé en plein drap. Examinons en quoi consistent m petites façons, qu’il se sait si bon gré d'avoir ajoutées à son original. Premièrement, il s'écarte presque à tout moment du texte , pour y faire des suppléments, qui sont à la vérité quelquefois si nécessaires, qu’il faut lui en tenir compte, quoiqu’il les fasse le plus souvent d’une manière trop diffuse.
11 est vrai que Matco est quelquefois trop concis. S’il s'étend presque toujours plus qu'il ne faudrait lorsqu’il moralise, il rabat cela sur les actions comiques, qu’il raconte trop succinctement. On dirait qu'il appréhende que scs lecteurs ne lui sachent mauvais gré de chercher à les divertir. U revient vite à scs réflexions sérieuses. Le copiste,
I pour éviter ce défaut, tombe dans un aulne, en