‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 387 sur 734 · CHAPITRE X. 4S · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. 4S

force de prononcer nne parole; d’ailleurs, quand U, je rapportai l'affaire de la même façou que il auroit parlé, cela eût été inutile, la rois de son je Pavois contée aux grivois, lesquels, ayant été accusateur eût étouffé la sienne : on n'entendoit interrogés par le juge , en dirent plus qu’il n’en que moi , je criois sans cesse ; cl , pour faire plus falloit pour faire croire que l’orfèvre m’avoit effeed’impression sur les soldats , je me jetai A genoux ti ventent pris de force le reliquaire. D’ailleurs ce devant eux, en implorant leur secours avec de bourgeois étant connu pour un homme fort intéfausscs larmes. ressé et très-peu scrupuleux , on n’étoit que trop

Mes seigneurs , leur disois-je , vous voyez dans disposé à le croire roupable. Le magistrat toutefois, ce vieux scélérat le plus grand hypocrite qu’il y ait voulant avoir quelque considération poursa famille, en Espagne. J’élois tout à l’heure avec lui sur le qui étoit des meilleures de la bourgeoisie, se conport. Il a remarqué une bourse dans mon sem ; il tenta de lui faire une forte réprimande, et me rem’a demandé ce qu’il y avoit dedans. C’est , lui mit le bijou entre les mains , avec ordre de le reai-je répondu, un reliquaire que mon capitaine, porter à mon maître; ce qui fut exécuté sur-lemon niait re , a oublié ce matin sur le chevet de son champ.

lit, et que j’ai pris pour le lui rendre. Ce voleur | Le capitaine, quand je lui fis le récit de cette que vous tenez m’a prié d’un air honnête de le lui aventure, rendit grâce au ciel dans le fond de sou montrer, en me disant qu’il étoit orfèvre et qu’il âme de ce qu’elle avoit eu une si heureuse fin. Il se connoissoit en bijoux. J’ai contenté sa curiosité, avoit craint, avec beaucoup de raison , que je ne Après quoi il m’a proposé de lui vendre ce reli- ; me tirasse plus mal d’une affaire si scabreuse , et quaire. Cela ne se peut pas, lui ai-je dit, puisqu’il ma hardiesse le fit trembler. Quoiqu’il eût seul est â mon maître. En même temps je l’ai remis profité de la friponnerie , il résolut de se défaire clans ma bourse , qui étoit attachée à mon jupon, du fripon ; il eut peur que je ne le perdisse à la Là-dessus mon voleur, en m’amusant de paroles, fin par quelques-uns de mes tours. 11 attendoitavec a tiré de l’étui qu’il porte à sa ceinture nn couteau impatience le jour de notre embarquement, dont il t’est servi pour couper les cordons dont Ce jour si désiré de lui arriva peu de temps vous pouvez encore voir les bouts. Donnez-vous, après. Les galères sortirent du port de Uarcelonne, s’il vous plaît, la peine de le fouiller, et vous lui et nous transportèrent heureusement à Gênes, trouverez la bourse avec le bijou dont il n’a pas eu Nous n’eûmes pas plus tôt mis pied à terre , que le loisir de se défaire , tant je l’ai suivi de près. mon capitaine me dit en particulier : Mon cher Les soldats le fouillèrent aussitôt ; ils tirèrent la Guzman, nous voici enfin dans le pays où vous bourse elle reliquaire qu’il avoit mis dans son sein; avez tant souhaité d’être; car je lui avois fait conot s’apercevant qu’en effet les cordons avoient été fidencc du dessein que j’avois d’aller voir mes pacoupés , ils demeurèrent convaincus que l’orfèvre rents ; il faut , s’il vous plaît , que nous nous sépaétoit un fripon. Il avoit beau protester et jurer que rions. J’appréhende comme tous les diablesses je lui avois vendu ce bijou, ils refusèrent de le petits coups de main ; ils pourvoient un jour me croire, ne pouvant se persuader qu’un vieil orfè- porter malheur. Adieu , mon ami , poursuivit-il vre eût été capable d’acheter d’un jeune soldat un en me mettant dans la main une pistole , je suis reliquaire si riche , sans le soupçonner de l’avoir fâché de n’étre pas en état de mieux reconnoitre dérobé. Encore une fois , seigneurs soldats , s’écria vos services. En achevant ces paroles , il s’éloigna l’accusé, j’ai payé le reliquaire à ce jeune homme, do moi, me laissant si étourdi du compliment qu’il h telles enseignes qu’il doit avoir actuellement sur venoit de me faire , que je ne pus lui dire un seul lui cent vingt écus d’or que je lui ai comptés dans mot. Mais qdc lui aurois-jc dit? Falloit-il lui rcla main. Vous n’avez qu’à le fouiller à son tour , présenter tous les périls que j’avois affrontés pour vous lui trouverez ces pièces d’or, qu’il vient de lui? Il ne les ignoroit pas; c’étoit même à cause recevoir de moi il n’y a qu’un moment. Les soldats, de cela qu’il me chassoil. Je ne devois pas être si pour le contenter, se mirent à me visiter partant, ! surpris de son procédé. J’avois le destin que les et voyant que je n’avois point d’argent , ils corn- méchants ont d’ordinaire. On se sert d’eux tant, mencèrcnt à l’accabler d’injures, et même à le liât- qu’ils sont utiles ; comme des vipères et des srortrc. Néanmoins , comme il ne cessoit de les prier pions , on en lire la substance pour en composer de nous mener l’un et l’antre devant le juge, ils des remèdes, et l’on en jette le ristc. nous y conduisirent tous deux.

Page 1