CHAPITRE IL
Du parti que Guzman prit en (orient de Gènes.
Je m’éloignois de Gênes sans tourner la tête pour regarder cette ville, comme si j’eusse craint d'être changé en pierre. Je rcssemblois à un échappé de ht bataille de Roncevaux , et je marchuis toujours sans tenir de route assurée . quoique j’eusse dessein d’aller à Rome. Enfin j’arrivai à nn bourg à dix milles de Gênes, et je m’y arrêtai pour me délasser pendant quelques heures. J’acbcvai là de dépenser ma pistolc ; ensuite m’abandonnant à la Providence , je poursuivis mon chemin.
Je me trouvai bien henrenx d’être accoutumé à la mauvaise fortune, et d’avoir déjà quelques principes de l’art de gueuser ; sans cela , que s» rois-jc devenu? J’aurois été fort à plaindre ; au lieu qu'avec le talent d’exciter la charité du prochain, on peut sans argent voyager en Italie. 11 faut rendre cette justice aux Italiens , qu’il n’y a point dans le monde de nation plus charitable que la leur. Pour preuve de cela, c’est que je poussai jusqu’à Rome sans dépenser même un sou de tout l’argent que je reçus en chemin, et que je gardai. On me donnoil dans les villages plus de viande et de pain que je n’en pouvois manger. La guettserie en ce pay s-là esldonc d’unegrande ressource pour les gens d’esprit malaisés qui veulent sacrifier à la paresse; aussi je m'accoquinai si forl à ce métier, que je n’en cherchai plus d’autre. Il est vrai que , me voyant dans la capitale du monde catholique, avec assez d'argent pour m’habiller, je fusau commencement un peu tenté de le faire, pour me mettre en état d’aller présenter mes services à