‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 393 sur 734 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

temps. Ne sois pas assez imprudent pour ouvrir une porte fermée, encore moins pour entrer dans la maison ; demande de la rue, de peur des chiens du logis , qui savent bien nous distinguer des autres hommes, et qui, nous regardant comme leurs rivaux, nous haïssent naturellement.

Un des meilleurs avis que je puisse te donner, poursuivit-il , c’est de t’avertir que tu es Espagnol ; ce qui suppose en toi une disposition proeliaine à brusquer ceux qui te refuseront la charité. Ainsi, quand tu t'adresseras à quelqu'un de ces mauvais riches , qui uon-sculemcnt ne nous assistent jamais , mais qui nous reprochent même avec aigreur notre fainéantise, songe qu'il ne faut répondre à ces discours durs que par des paroles pleines de douceur et d’humilité. Autre conseil très-important : si, par hasard, ce qui m’est arrivé cent fois en ma vie , tu t’approches d’un cavalier qui , dans le moment que tu lui demandes l'aumône, ôte son gant et met sa main dans sa poche, je ne te défends pas de sentir de la joie à cette action ; mais si tu t’aperçois qu’il n’a fouillé dans sa poche que pour en tirer son mouchoir, n’en témoigne aucun chagrin , et ne gronde pas entre tes dents; car peut-être a-t-il près de lui un autre cavalier qui veut te foire l'aumône, et qne tes murmures détourneraient de son dessein.

Après que le vieux Cordouau m’eut donné ces préceptes politiques, il m'apprit de quelle manière ou pouvoil faire naître une fausse lèpre et des ulcères; comme on faisoit enfler une jambe; par quelle adresse un bras paroissoit tout disloqué, et ; avec quoi l’on rendait un visage plus pile que ce- i lui d’un mort. Il possédoit enfin mille secrets curieux qu’il eut la bonté de me communiquer, tant par amitié pour moi, que de crainte de s’en aller dans l’autre monde sans les avoir laissés i personne. En effet il cessa de vivre peu de jours après.

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