CHAPITRE VII
reprntir, il n’y eut pas moyen de m’en défendre. Ses prières , l’amitié que j’avois pour lui , la haine que je sentois pour Nicolao , et enfin mon pnrhant à faire le mal , me déterminèrent à servir son ressentiment, lié bien, lui dis-je, reposezvous sur moi ; je me charge de vous rendre le petit service que vous .attendez de mes talents. I)e mon côté , j’exige de vous que vous viviez avec le secrétaire comme si vous ne le soupçonniez nullement de l’espièglerie qu’il vous a faite. Le chambellan. tout simple qu’il étoit, joua si bien son rôle , que tous les domestiques y furent troin|)és. On crut qu’il ne se souvenoit plus d’une scène qui «voit été si désagréable pour lui.
Cependant je me préparais secrètement à lui tenir parole ; j’achetai de la poix résine, du mastic et de l’encens. Je réduisis le tout en |>oudre, et le mis dans un papier que je serrai dans ma poche pour l’employer quand j’en trouverais l’occasion. Elle s’offrit peu de temps après telle que je la pouvois désirer. En jour que la poste partoi t pour l’Espagne, et que M. le secrétaire émit fort occupé, je me rendis le matin à son quartier, et j’entrai dans sa garde-robe où étoit son valet. Jacques, lui dis-je, mon cher ami Jacques , j’ai làbas du pain et un morceau de jambon grillé ; il ne faudrait avec cela qu’une bouteille de bon vin pour bien déjeûner : si tu peux mêla fournir, lu seras mon compagnon ; autrement , j’en vais chercher un autre. Seigneur Guzman, me répondit aussitôt Jacques, vous avez trouvé votre homme ; je sais bien où aller prendre une bouteille d’excellent vin ; vous n’a Ve* qu’à m’attendra ici, je serai à vous dans un moment. A ces mots il disparut, et me laissa maître de la garde-robe. Alors cherchant des yeux le haut-de-chausses de Nicolao. car je savois que ce secrétaire n’en mettoit ps le malin , et n’avoit sur sa chemise qu’une robe de chambre légère, pour écrire plus à son aise; cherchant, dis- je, des yeux son haut-de-chausses, je l’aperçus sur une chaise ; je le pris, je le retournai ; et après en avoir parsemé toute la doublure de la poudre dont j’ai prié , je le remis à sa place , de manière qu’il ne sembloit pas qu’on y eût touché. Jacques ne tarda guère à revenir avec du vin ; mais dans le temps que nous nous disposions à déjeûner, son maître l’appela pour l’aider à s’habiller, et le retint dans sa chambra ; de sorte que je fus obligé d’aller vider sa bouteille avec un autre que lui, en | attendant que j’eusse le plaisir de voir ma poudre ' opérer.
Elle fit son effet au dîner du cardinal , où il y avoit un grand nombre de convives. Nous étions i alors dans la canicule, et il faisuil une chaleur 1 très-favorable à mon dessein. Le domine Nicolao | étoit dans la salle avec le» autres officier». Je re- :
marquai bientôt à son action qu’il sentoit dans son haut-de- chausses une démangeaison , où par respect il n’osoit porter la main. Il ne savoit quelle contenance tenir; et, pr malheur pur lui, à mesure qu’il s’agitoit.il augmentait son tourment. La poudre , s’attachant au pii et à la pau , Pincommodoit 5 un pint, qu’il lui sembloit sentir mille pointes d’aiguilles. Ce n’est pstout : le cardinal, ayant quelque ordre à lui donner, Pappla, et pndant qu’il lui prloit à l’oreille, son éminence se boucha le nez tout-à-coup en disant : Qu’avez-vous donc sur vous, domine Nicolao? Vous puez l’encens et la poil résine. Le secrétaire rougit à ces proies et s’éloigna de monseigneur , qui, s'apercevant que presque tous mes camarades, que le chambellan avoit mis au fait, s’enlretenoient tout bas les uns les autres en riant, me soupçonna d’avoir fait quelque nouveau tour. Comme j’étois assez près de lui et que je gardois mon sérieux : Guzman , me dit-il, quel sujet vos confrères ont-ils donc de rire? C’est, lui répndis-je, que M. le secrétaire s’est avisé aujourd’hui de sc purger a\ec de la térébenthine. Le cardinal, à celte répnsc , éclata de rire, et toute la table suivit son exemple. Nicolao jugea bien pr là qu'on lui avoit fait quelque malice; et, ne puvant soutenir les ris moqueurs dont toute la salle relentissoit à ses dépns, il s'enfuit avec une précipitation qui redoubla le plaisir de la compgnie. Quand il fut sorti , monseigneur, impatient de savoir quelle pièce avoit été faiteausecrétaira, s’adressa au chambellan , qui ne lui en cacha aucune circonstance.
’ Cette dernière aventure acheva de me faire psscr i dans le plais pur un homme bien redoutable.
Enlin , après deux mois d’exil on me rappla. Je retournai à la chambre des pages, où Pou me réi tablit dans mes premières fonctions. Je m’en acquittai avec autant d'effronterie que s’il ne me fût rien arrivé ; ce qui me fait souvenir de la fable de la Honte, de l’Air et de l’Eau , qui voyageoient de compgnie. En se séprant,ils se demandèrent où ils purroient se revoir. L’Air dit : On me trouve toujours sur le sommet des montagnes. Moi , dit P Eau , on me rencontre à coup sûr dans les entrailles de la terre. Oh ! pur tnoi , dit à son tour la Ilonte, quand une fois on m’a prdue, on ne put plus me retrouver. Rien n’est si vrai : je n’élois plus capblc d’avoir honte de commettre une mauvaise action ; je ne me sentois honteux que d’étre pris sur le fait. Enfin j’étois si enclin à la fripnnerie , que je me serais, je crois , laissé tomber du haut du château Saint-Ange si j'cosfü vu en bas quelque chose à prendra.
Gomme le bon cardiual aimnit les confitores, et prliculièremeni ci lles qui venoiont des Canaries dans des barils, il en faisuit acheter assez souvent ;
SM GUZMAN DaLFARACHE
rt tersqne tes baril» âoictt vi<te-s, ils apparieraient i tôpe a l'alternative. Oui, a je n'ai pas fait mon 3u premier domestique qui s’en nkisoiL J’ en coop dans vingt-quatre heures, car je ne demande arois on qui m’étoit tmu de cette manière, et pas huit jours pour si peu de chose, je veux bien darr» lequel je serrais des mouchoirs, des cartes , souffrir la peine qu’il plaira an domine Xicobo d'-s dés, et autres effets d’un pauvre page. On d'ordonner : vous jugez bien qu’apr» l'aflaire da avertit un joor monseigneur qu'il était fraîche- cousins et celle de la térébenthine, je ne pu» avoii ment arrivé à un marchand douze petits barils de en lui on juge trop doux. Le cardinal sourit à o» ce s sortes de confitures. Son éminence chargea derniers roots, et enfin U fut arrêté que le jour son majordome de les aller acheter pour elle. J’en* suivant je seroi> puni ou récompensé, tendis donner cet ordre, et je dis au.^ilôt en moi- Quelles précautions son éminence ne prit-elle rome : Il y aura bien du malheur si je ne ne pas pour mettre scs barils à couvert de mes grifferais pas maître de quelqu'un de ces barils. Je fes! Outre qu’elle avoit la def du cabinet où ik me retirai dans ma chambre pour réver en liberté éloient, il fit faire la garde à la porte par ceui de aux moyens d’en venir à bout, et je m'arrêtai à ses domestiques qui avoteut le plus de part à 9 celui ci. Je vidai promptement te liaril où étoient . confiance. Le tendemain , à son dîner, ce boo mes guenilles; puis l’ayant rem]4i de terre et de prélat attacha sa vue sur moi, et , me trouvant 110 paille , j’y mis les fonds ainsi que les cerceaux, peu rêveur, il me dit avec an souris : Guzman, je et le refermai si proprement, que l’on eutdit qu’il devine bien 1e sujet de U rêverie ; tu songes in>étoit tout neuf ; apres quoi j’allai attendre dans la terrant que lu recevras bientôt cent coups de fouet cour ceux qu'on devoit apporter. Je ne tardai du bras vigoureux du seigneur Nicolao. C’est i guère à les voir arriver avec te majordome qui les quoi je ne pense nullement , lui répoodis-jc; le conduisit , et qui nous commanda de les porter confitures sont déjà entre mes mains, dans le cabinet où son éminence avoit coutume Monseigneur , persuadé que personne n’étoit d’enfermer ses confitures. entré dans le cabinet ni ne pouvoit avoir louché
Chacun de mes camarades se chargea d’un tarif ; aux barils , adnnroi t mon effronterie. Il m railla j'aiTef lai d’être 1e dernier à prendre 1e mien, pour sur les étriv iêres qui m’étoient, disoil-il , si justemarcher après tous les autres : j’avois mes raisons ment dues. Je 1e laissai s’égayer tant qu’il voulut; pour cela. 11 falloit passer devant ma chambre; et quand je vis qu’on se disposoil à servir les fruits, de sorte que, ne me voyant suivi de personne, je me dérobai subtilement de la salle pour me j’entrai dedans, et. changeant de baril en un clin rendre à ma chambre , où, étant arrivé, je tirai d’ail, je portai celui où il u’y avoit que de la terre de mou baril des confitures dont je remplis un et de la paille , et le mis effrontément avec les au- liassin que j’avois pris au buffet dans cette inti litres en présence de monseigneur, que 1e plaisir lion, et que je me hâtai de porter sur la table devant de les voir avoit attiré U. Quand ce prélat tes eut son éminence. Elle fut étrangement surprise de regardés, il m'envisagea d’un air railleur, et me voir ces confitures; à peine pouvoit-ellc croire sa dit : Hé bien , Guzman , que penses-tu de ces ba- yeux. Tenez , dit-elle au chambellan en lui coords? On ne peut y fourrer les bras, et les coins nie fiant la clef du cabinet , allez compter les barils d paroissent ici des instruments fort inutiles. Au tes examinez bien; il faut qu’U y en ait quelqu'un défaut de coins, lui répondis-je froidement , on de défait. Le chambellan, qui les avoit rangés luipeut employer les ongles, et la main fait quelque- même, tes ayant trouvés bien fermés reliai d fois l’office du bras. Oh l je te défie , répliqua sou assura qu’ils étoient tous en bou état, éminence, de défaire ces barils; cela n’est pas si Ab ! voici l’endonure, dit alors 1e cardinal; aisé qu’un couvercle de caisse à lever. D’accord , mon pauvre Guzman , j’ai découvert ta finesse : Ui lui rcpartis-jc ; mais de gr ire , monseigneur , ne auras sans doute été acheter ces fruits confits chez me défiez de rien , car le diable pourrait me sug- le même marchand qui m’a vendu mes barils, d gérer l'envie de vous détromper. Ah ! volontiers, tu prétends me faire accroire que tu nie les as vo* mon enfant, s’écria le cardiual, je te permets de | lés. Oh! non pas, s’il vous plaît, monsieur Geivoter, si lu le peux , de ces confitures, et je te man; il faut que vous ayez l’adresse d'ouvrir oo donne huit jours pour en imaginer le moyen. Si d’escamoter quelqu'un de mes barils, et d‘en ôter tu es assez subtil pour y réussir, non-seulement je des confitures : voilà notre gageure, qu’il vous a» te laisserai les fruits que tu m’auras dérobés; mais souvienne : vous serez châtié. Allons, domine M* je t’en promets encore autant , à condition que de colao, poursuivit- il , saisissez -vous de ce téméton côté tu le soumettras à quelque châtiment , si raire, et le punissez comme vous te jugerez à proton génie est obligé de céder à Ij difficulté de l’en- pos. Doucement, monseigneur, repris -je à «s treprise. dernières paroles ; je conviens que je suis dig*
Cela est ju>lc , lui dis je , nions* igiieur , et je de punitiou si tes coufilurcs que je viens de «nu
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