‹ Œuvres de Lesage précedée d'une notice biographique et litteraireChapitre 412 sur 734 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les amours de Dorido et de Clorinia . ou Histoire d«

matas coupées.

Un cavalier de celte ville, nommé Dorido, jeune homme d’une illustre naissance, fort bien fait et plein de valeur, aimoi; Clorinia, fille de seize àdix-sept ans, vertueuse, belle et de bonne famille. Les prents de cette charmante personne l’élevoicnt avec tant de sévérité, qu’ils ne lui permettaient ps d’avoir des entretiens où sa vertu pût courir le moindre péril. Elle u’avoit même la liberté de se montrer que très- rarement à sa jalousie, tant on appréhendoit que son extrême beauté, qne les jeunes gens ne pouvoient voir iml punéinent, ne causât quelque malheur. Son père ou sa mère, ou bien son frère Valerio, attachés à ses pas, étaient témoins de toutes ses actions.

Il y avoit déjà plusieurs mois que Dorido, l’ayant aperçue pr hasard à sa jalousie, en était devenu éperdument amoureux; mais il ne lui avoit encore été possible de le lui faire connoltre que pr des regards passionnés, qu’il ne manquoh ps de lancer toutes les fois qu’il pssoit devant sa maison. Si ces œillades, le plus souvent, n’ étaient pint remarquées de l’objet aimé , du moins elles ; l’étaient quelquefois, et quand cela arrivoit, elles : faisaient un effet terrible. Clorinia se contentait ! d’abord de considérer le cavalier sans en être vue ;

| mais bientôt, sans savoir pourquoi, elle eut envie 1 de se laisser voir; et peu à peu répondant à scs

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